Suedeheads: l’influence Ivy League en Angleterre.

par greensleevestoaground

Entre 1969 et 1970, l’hiver anglais fut rude, particulièrement froid. Certains skinheads, frileux sous leur crâne rasé décident de se laisser pousser les cheveux. Naissent alors les Suedeheads, en version poétique mais relativement plausible. De même que leur apparition serait dûe à l’influence énorme du film Bronco Bullfrog, qui raconte l’histoire de Del Walker, un Suedehead de la working-class de l’Eastend londonien. Visuellement et grossièrement, le suedehead est une évolution du skinhead inspirée par le style universitaire américain. Encore plus forte peut-être fût l’influence du magasin de John Simons, The Ivy Shop, situé dans le quartier de Richmond et ouvert en 1965: il a été le premier à apporter la culture Ivy League en Angleterre donnant naissance aux mythiques Mods. Le magasin, malheureusement fermé en 2009, aurait été plus que d’actualité aujourd’hui, où même Hackett se met à faire de l’Ivy Look.

Lorsque l’on voit l’image précédente (trouvée sur styleforum)  extraite du livre « Skinheads » de Nick Knight, illustré par Jim Ferguson, difficile de ne pas penser à Steve McQueen (encore lui!), icône de l’époque: son style casual penny loafers, Oxford Shirts, Sta-Prest et blouson Harrington et même la coupe de cheveux sont repris par les Suedies sans scrupule aucun pour Frank Bullitt.

Dans un style plus smart, le suedehead n’hésite pas à enfiler des costumes à motifs Prince de Galles ou pied de poule,  taillés près du corps avec des Brogues et un trench court à boutons cachés. Les marques Ben Sherman, Fred Perry, Baracuta, Sta-Prest ou Brutus (qui fabriquait des chemises de grand-père sans col) connaissent alors un véritable essor. Tout comme les chaussettes de couleurs, petite touche anglaise dans ce style finalement très Ivy.

Les plus perspicaces d’entre vous auront vu le lien évident qu’il y a entre les Suedeheads et les Mods de la même époque. Sur ces derniers, je ne m’étalerai point puisque ce blog le fait très bien. Même si elle est souvent qualifiée de sous-culture des Skinheads, la culture Suedehead va bien au-delà d’une simple évolution vestimentaire presque logique: ce sont eux qui amènent par exemple le reggae (par le biais de Trojan Records) , la soul ou encore le ska dans les milieux Skinheads. Et si l’on veut analyser brièvement le côté social, il faut savoir que le style plus « formal » des Suedeheads a tout autant touché les classes ouvrières qui aspiraient à des places plus prestigieuses, que les « white-collar », les cols blancs, bureaucrates de la middle-class, soucieux de coller à un style frais et moins agressif que les bretelles, jeans larges et rangers des premiers Skinheads. Et puis qui manque de style à partir du moment où il chevauche un Lambretta, scooter légendaire des Mods et Suedies?

Vous aurez compris qu’il est difficile de faire le tour de la question Suedehead tout en gardant votre attention, et qui plus est, sans une seule image de Playmate des années 70. C’est pour celà que je fais ici un simple travail de médiation, pour amener à vos oreilles le terme Suedeheads expliqué en version courte. Mais je vous recommande vivement  cet excellent article plus que complet, d’Alex Roest, diffusé sur le site Film Noir Buff pour un approfondissement de ce sujet passionnant.

Scans de « Get Smart » pour le styleforum consacré aux Suedeheads.