greensleeves to a ground

Mois : novembre, 2011

Plus-fours: le sportswear d’une époque.

Je commence par une affirmation, donc déjà, ça va vous faire chier parce que je ne vous laisse même pas le choix de discuter la question. Et c’est très bien comme ça, puisque votre avis, vous pourrez vous le faire après avoir lu cet article. Personne ne doit vraiment savoir ce qu’est un plus-fours, que l’on appelle aussi breeches ou breeks en Angleterre, ou knickerbockers. Ca y est, ça vous revient et là tout de suite, vous voyez Tintin se balader avec Milou en pantalon bouffant qui arrive sous les genoux. Et bien c’est ça un plus-fours: un « pantalon » qui tombe 4 pouces sous les genoux. Il existait aussi les plus plus-twos, -six, -heights. Pas évident de le comparer aux breeches anglais, ces pantalons courts de chasse, qui eux ne sont pas bouffants, pourtant, ça vient de là. Comme souvent, cette mode qui durera près de 30 ans, et plus chez les enfants, nous vient d’Angleterre et s’est surtout hyper-développée aux États-Unis. Apparus dans les forêts humides du Royaume-Uni, aux jambes des riches chasseurs dans les années 1860, c’est certainement l’un des premiers vêtements que l’on peut considérer comme sportswear, puisqu’il a été développé pour répondre à une contrainte technique liée à un sport. En l’occurence, ne pas dégueulasser son pantalon quand on court après un sanglier dans les ronces et la boue. Eh ouais, pas con! Alors ma vraie question, maintenant que vous savez que c’est du pur sportswear au même titre qu’une paire de Reebok Pump, c’est pourquoi cette arrivée dans les villes américaines où cette tenue cocasse a connu ses heures de gloire?

Autriche, 1931. Pas d'excentricité pour ces deux jeunes lascars d'une petite bourgade des Alpes.

En 1924, un certain Edouard VIII, qui n’était alors que Prince de Galles, débarque aux US pour une visite diplomatique, mais pas en costume trois-pièces tout triste, non non, mais avec une paire de plus-fours. La popularité du bonhommme est telle à l’époque, véritable emblème de jeunesse, de fraîcheur sur l’Angleterre et extrême sympathie, que le plus-fours est adopté par la plupart des couches sociales des États-Unis, et notamment les artistes. Évidemment, la tenue plus-fours, sweater col V, chemise, cravate et casquette newspaper boy fait fureur sur les cours de golf, notamment grâce au grand Bobby Jones. Les danseurs se l’approprient aussi, associé à des spectator shoes (wingtip bicolores), on habille les enfants avec en gardant leur fonction principale: ne pas salir un pantalon dès qu’on court dans la boue. Les pilotes de moto ou d’avion et les cyclistes s’y sentent très à l’aise également, parfois équipés en haut d’un blouson en cuir de type A1 ou D-Pocket. Mais dans la plupart des montagnes européennes et en Allemagne, les knickerbockers ont aussi toute leur place: trop pauvres pour s’acheter plusieurs pantalons, les paysans de Bavière les ont adoptés également. En montagne, c’est l’allié parfait: il ne gêne pas les pas en randonnée, il ne se mouille pas lorsqu’on s’enfonce dans la neige et les alpinistes sont légers et libres de tout mouvement en plus-fours.

Avant Patagonia, Sierra Designs ou Arc'teryx, l'outdoor wear ressemblait à ça. Devon, 1934.

Été comme hiver, le plus-fours se présentent sous forme de tenues casual, avec une simple chemise et des wingtips ou des bottines (workwear et outdoor) et même sous forme de costumes deux ou trois pièces. Je vous laisse imaginer la joie des fabricants de chaussettes qui se laissent aller à des motifs et couleurs complètements fous, pas si loins du psychédélisme (idem pour les sweaters et les cravates des Années Folles). Mais à peine le Prince Édouard revenu de sa visite, la prestigieuse université anglaise d’Oxford interdit les knickerbockers à ses élèves en 1925. Hop hop hop, on n’enlève pas sa liberté à un étudiant d’Oxford comme ça! Les plus-fours sont donc dissimulés sous des pantalons très larges qui deviendront une mode phénoménale de la fin des années 1920: les oxford bags. Pourtant, la mode du plus-fours subsiste dans le monde occidental pendant encore une dizaine d’années et vous en avez ici la preuve en images, pour la plupart datées des années 1930 et issues de toute l’Europe.

À Dublin en 1932, on porte le plus-fours en costume trois pièces.

Trois garçons en tenue de sport avec, aux pieds de celui de droite, ce qui semble bien être une paire de Converse. Erie, Pennsylvania, 1924.

Fausto Coppi, à gauche, en tant que légende du cyclisme s'affichait souvent en plus-fours. Je serais curieux de voir cette photo en couleurs.

Belle tenue de cycliste pour ce père de famille également. France, 1937.

Ce jeune garçon porte une tenue typique des enfants de l'époque. Vous noterez que le knickers est rentré dans les chaussettes. Allemagne, années 1920.

Seul le jeune homme du centre porte un plus-fours, les deux autres sont carrément en short. Toujours une petite excentricité dans les chaussettes ou les fair-isle sweaters. Allemagne, 1920s.

Les jeunes anglais portent les plus-fours comme personne! Ils sont à l'origine de cette mode, qui les voulait plus larges que ceux que l'on voit aux États-Unis. Angleterre, 1930.

Balade sur l'île de Thanet, dans le Kent anglais. Ample et flottant le plus-fours, comme le veut la mode. Margate, 1930s.

Ces deux anglais des North Shields savent exactement comment être casual en plus- fours: chemise grande ouverte, manches retroussées. Le cool des années 1920.

Même en Hollande, on n'échappe pas au plus-fours, avec l'un des looks les plus parfaits de cette série de photos. Je pense qu'on a affaire à un étudiant en pleine révision. 1939.

On quitte l'Europe, direction les Nouvelles Galles (Australie) en 1936. Superbes cyclistes en tandem, un simple polo fait l'affaire.

L'équipe de Walt Disney (à gauche de la fillette) dans les années 1920. Quand je vous dis que le plus-fours est très apprécié par les milieux artistiques, toujours à la recherche de la moindre tendance.

Deux frères qui portent deux styles différents. La balance plus-six bien ample avec un blazer trois boutons cintré est parfaite.

Pique-nique parfait, petite blague pourrie du mec en arrière-plan, même avec les déchets, les mecs nous mettent une crotte de nez stylistique.

Pendant de nombreuses décennies après la "mode", les enfants porteront des plus-fours.

Encore un exemple superbe datant des 1920's. Il pourrait faire un parfait newspaper boy... dans les riches Garden parties du nord-est américain.

Ce plus-fours est très bizarre. À vrai dire, ce n'en est pas vraiment un, mais cet homme le porte très bien avec, du fait de la taille haute du pantalon, une veste qui semble extrêmement longue.

Et voici exemple typique de sportswear de l'époque: clair en bas (beige, crème, blanc), sombre en haut (en général bleu marine comme cela doit être le cas à gauche). Spectator shoes et cravate rayée viennent en général compléter l'ensemble. Virginia Beach, 1930.

Nous ne sommes plus dans les années 20 là, mais dans les années et 1980, et devinez où? Au Japon. Je ne mettrais pas ma main à couper pour un retour fulgurant des plus-fours, mais les japonais semblent l'annoncer avec 30 ans d'avance sur cette photo issue du livre "New Fashion Japan" de Leonard Koren (un bijou). Perso je m'y suis mis il y a deux ans, je serais ravi d'en voir dès l'été prochain...

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GSTAG for girls #1: Smith College (1949).

Ai-je vraiment un public féminin? À en croire la page Facebook de GSTAG, oui. L’âme galante, je me suis dit que les femmes avaient autant le droit à la parole que les hommes sur ce blog. À force de voir des sites 100% masculins, 100% féminins ou 100% transsexuels, j’ai décidé de demander à la jeune et talentueuse étudiante de Smith College et fondatrice de Of Stranger Sensibilities de bien vouloir collaborer, à raison d’un ou deux artciles par mois, à la rubrique féminine GSTAG. Elle est anglophone: je vous proposerai donc la version originale ainsi qu’une traduction (approximative puisque réalisée par le grand anglophone que je ne suis pas) afin d’élargir le champ de mes « gourgandines« . Cela ne fait que confirmer l’ouverture d’esprit, dont j’essaie de faire preuve, sur l’ensemble des styles sportswear, et en particulier universitaires dont ils sont inspirés, entre les années 1920 et 1960. Je vous prie donc de réserver une ovation à Joy, que je remercie grandement au passage en lui laissant la parole! Dans un anglais parfait: thank you very much Joy!

Depuis qu’ils a mis une partie de ses archives en ligne, le Vassar College est devenu le sujet de nombreuses discussions sur l’Ivy look et les femmes. En tant qu’étudiante à Smith – l’un des collèges des Seven Sisters (ndlr, l’Ivy League féminine) – j’espère gagner en estime personnelle mais aussi élargir la discussion sur les styles féminins du passé. La popularité actuelle du PITA (Preppy/Ivy /Trad/Americana) dans la mode masculine, n’ouvre logiquement pas tellement les portes aux femmes. C’est pourquoi je suis très reconnaissante envers Francis, qui me laisse utiliser son blog comme plateforme d’expression.

Since a substantial part of their college archives is online on Flickr, Vassar College has become the subject of much discussion on women and the Ivy League look. As a student currently attending Smith–a fellow Seven Sisters college–I hope to win back some lost school pride as well as expand the scope of discussion on female styles of the past. Because the popularity of PITA aesthetics have so far lain in the realm
menswear, it is expected that much of the discussion will be on men for men. I am grateful for the opportunity given by F. here to his blog as a platform to do so because while there is much healthy dialogue on different kinds of menswear, there is still much to be said for women.

On oublie souvent qu’il y a également beaucoup à dire sur les femmes. Seulement, les blogs féminins classiques n’ont pas autant d’enthousiasme pour le PITA que leurs homologues masculins et peu de références vintages, qui sont ma première motivation pour me risquer dans ce monde. En tant qu’étudiante, j’ai accès aux archives de ma propre école comme à celles d’autres collèges des environs tels UMass Amherst et Amherst College, qui peuvent disposer d’images et informations potentiellement intéressantes pour les lecteurs de GSTAG.

Simply the mainstream female fashion blogosphere does not nearly have as much of an enthusiasm for PITA and relevant related vintage aesthetics which is my primary motivation to venture into the menswear blogging world. Also to be noted is due to the fact I am a current student, I have access to the school archive as well the archives of other colleges in the area such as UMass Amherst and Amherst College, which could have images/info that could potentially be of interest to readers of the blog.

Les photos présentées ici datent de 1949, date qui précède ce que l’on considère comme l’Âge d’Or de l’Ivy Look des années 50 tardives et des 1960’s. Mais déjà, nous pouvons nous rendre compte de l’influence dominante du style masculin dans la garderobe de nombreuses étudiantes. Chose qui paraît très surprenante pour  ce collège puisque, contrairement à Vassar dans le cadre du G.I. Bill, il n’a jamais accepté d’hommes et reste aujourd’hui encore une institution 100% féminine. L’influence vient cependant des Ivy leaguers qui, à l’époque, s’entraînaient de temps en temps sur le campus, ainsi que de l’association avec l’Amherst College (un collège réputé d’arts libéraux mais ne faisant pas partie de l’Ivy League). C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle Smith n’est pas identifié comme un pur collège Ivy League comme le sont Radcliffe ou Harvard.

The photos here are from 1949, which predates the what we consider the golden age of the Ivy League look of late Fifties and Sixties. Already though we see the domination of menswear influence in the wardrobe of many students. The utter mass proliferation of menswear style is surprising considering the school never admitted men the way Vassar did under the G.I. bills and still remains today as a single sex institution. Because there were men on campus sporting more or less the same goods as other students of Ivy Leagues of the day, female Vassar students could directly borrow and copy their wardrobe. On the other hand there was more of an association with Amherst College, a great liberal arts college but not part of the « Ivy League », which is a reason why Smith is not as closely identified with the Ivy League as some other schools, like Radcliffe and Harvard.

Leur manière très casual de s’habiller ne les rendraient aucunement anachroniques aujourd’hui (malgré le stéréotype de lesbiennes radicales et libérales attribué aux Smithies). Des chaussures similaires à celles des photos sont disponibles dans la collection Bass réalisée en collaboration avec Rachel Antonoff.

 The casual manner in which they dress and the way they present themselves is so modern that they would not particularly look out of place today (in spite of the current stereotype of Smithies as a liberal lesbian radicals). Similar looking shoes can be found from Bass’s collection in collaboration with Rachel Antonoff.

Étant donné que le style Ivy League est devenu populaire et commun à cette époque, il ne faut cependant pas oublier que l’on a affaire à une niche de femmes WASP privilégiées, ayant la même source d’inspiration. L’homogénéité des étudiantes de l’élite dans le passé a produit un look très semblable dans chacune des écoles des Seven Sisters de la même manière que dans l’Ivy League. Il sera intéressant de voir comment, au fil du temps, la diversité ethnique, culturelle et économique de la population des campus changera de manière dramatique, en s’individualisant.

Since the Ivy League-influenced style has become so popular and common place, it is pointless to try stake claims as to which school has better style because at the end of the day, everybody is on the same side on the same side of the coin of mostly privileged female WASPs who drew inspiration from the same groups of people. The homogeneity of the students of the elite educational institutions in the past would have produced a homogeneous type look throughout all the Seven Sisters just like the Ivy League. It will be interesting to see later on when the school population is more diversified ethnically, culturally and economically, campus style will change dramatically as it becomes more individualized.

Joy Chan

(Toutes les remarques sur la traduction sont les bienvenues.)

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Fighters of the Great Depression.

En 1929, bam! C’est la merde pour tout le monde. Après les Roaring Twenties, rêve que l’on se serait bien imaginé sans fin, la classe moyenne américaine, surchargée de crédits et d’actions invendables se retrouve sans le sou. La Bourse lui fait faux-bond, Edgar Hoover aussi. La panique est à peu près autant en cause que les banques dans cette débacle qui amènera tout de même une seconde guerre mondiale. Hoover, tentant de limiter les dégâts et piqué par une idée géniale, supprime les fonds versés par les US à l’Allemagne depuis la fin de la Grande Guerre. Alors qu’Hitler et ses petits potes du NSDAP faisaient le score d’un Besancenot en grande forme en 1928 (2,6%) , ils passent à 18 puis 37% après les mesures de Hoover. Comme si le traîté de Versailles n’avait déjà pas assez humilié l’Allemagne. La situation de l’Amérique n’est guère plus gaie: riches et pauvres tentent de survivre. Traders, plombiers, bouchers, barmans, comptables se retrouvent tous les matins à faire la queue sur les docks ou devant les usines dans l’espoir d’être tiré au sort pour travailler la journée et pour ramener à peine quelques dollars dans leur taudis de Hooverville, noms donnés aux bidonvilles en « hommage » au président Hoover. Un peu comme nous tous aujourd’hui, pour qui la merde financière est plutôt relative face à la merde culturelle, les américains des années 1930 cherchent leurs héros, ceux qui leurs redonneront l’espoir de se battre pour se sortir des hivers sans chauffage.

L’un des premiers grands champions de la Grande Dépression. Arrivé à New-York de son Italie natale en 1930, le géant Primo Carnera deviendra champion du monde poids lourds le 29 juin 1933 face à Jack Sharkey. Son 1,97m et ses 129 kilos ont auparavant eu raisons d’Ernie Schaaf le 10 février. Schaaf meurt le 12, des suites des blessures du combat…

En 2011, ce sont DSK, Anne Roumanoff et Lady Gaga nos idôles. D’un côté, on doit bien aussi s’y trouver un peu dans la merde pour tomber si bas. Mais à l’époque, les héros du peuple sont des boxeurs. Des paysans de l’Ohio, des facteurs du Vermont, des dockers de Chicago qui se sont servis de leurs petits poings pour tenter de toucher un instant à la gloire. Certains, comme James J. Braddock s’en sont servis pour payer le chauffage et faire sortir leur famille de trois enfants de la misère. D’autres, comme Max Baer, se servaient d’une droite mortelle (celle-ci a tué deux boxeurs…) pour abandonner leur vie de coupeur de carcasses de viande à Livermore et profiter des excès des nuits new-yorkaises. Ces deux boxeurs s’affronteront d’ailleurs en 1935 dans un combat mémorable devant un Madison Square Garden rempli de casquettes newspaper boy, de tweed, de chambray, de suie, de sueur, et de bonheur.

Carnera en magnifiques spectator shoes. Il restera champion du monde jusqu’en 1934 en battant Paulino Uczudun puis Tommy Loughran aux points.

Tous ces hommes que vous voyez sur les photos sont parmi les plus grands boxeurs de tous les temps, et pour cause, la boxe était l’un des seuls moyens de s’en sortir lorsqu’on n’avait pas été à l’école, et cette époque difficile a forgé de redoutables crochets et uppercuts. Je les ai volontairement sortis du ring, pour vous montrer à quel « poing » (ça vous manquait hein?) la vie de boxeur pouvait susciter l’envie dans la pauvreté ambiante de la Dépression: grands restaurants, costumes sur-mesure, femmes, alcool à volonté. Replacés dans leur contexte, ces visages marqués par les coups mais aussi par le sourire de types qui s’en sont sortis sont le reflet d’une société meurtrie par l’ego des puissants, sauvée par les bras et le courage des plus faibles. Du coup, je serai bien content de me faire un McDo ce soir, et de regarder un film avec Mélanie Laurent pour être sûr d’avoir la tête vide en m’endormant dans un lit bien chaud!

Le 14 juin 1934, Carnera, ici toujours très chic, tombe sur la furie du ring, Max Baer, qui l’envoie 11 fois au sol en 11 rounds. Bien qu’il gagne ses 4 matchs suivants, Joe Louis le met KO en six rounds le 25 juin 1935.

Max Baer dit de lui-même « J’ai un corps qui vaut un million de dollars, et un cerveau qui vaut 10 cents ». Né en 1909, sorti de nulle part, amoureux des nuits new-yorkaises, il se hisse au plus haut rang en devenant champion du monde en 1934.

Baer et son pote Edward Gertz en 1935. Max avait l’habitude de ne pas s’entraîner depuis la mort Frankie Campbell au 5e round en 1930. Sa droite était tellement puissante qu’il détacha le cerveau de la boîte cranienne de Campbell, causant son décès. Sous le choc émotionnel pendant toute sa carrière, Max Baer subviendra aux besoins de la famille de sa victime pendant de nombreuses années.

King Levinsky, à gauche, est un autre grand boxeur du début des années 1930. Il est un des premiers à être tombé sous les coups de Max Baer. Ici, Levinsky en train de faire le con (et du shopping) avec Ben Schwab sur Maxwell Street en 1931.

Bon vivant, Max Baer ne rate jamais une occasion pour s’amuser et prendre du bon temps. Avec ses 72 victoires dont 53 par KO, il semble invincible.

Mais c’était sans compter sur cet irlandais: James « Jimmy » Braddock. Cette bonne bouille du New Jersey a tout perdu en 1929. Il vit dans un taudis sans électricité, une femme et trois enfants. La main droite cassée, il travaille sur les docks avant de pouvoir remonter sur le ring face à Griffin en 1934 avec une gauche surpuissante. C’est la naissance de « Cinderella Man » dans le coeur des Américains.

Jim Braddock (à droite) et son entraîneur, Joe Gould, à qui il doit tout. C’est grâce à lui qu’il remonte sur le ring jusqu’à devenir champion du monde poids lourds le 13 juin 1935 en infligeant un 10-1 à Baer.

Braddock (à droite) le 21 janvier 1938 juste avant son match contre le jeune anglais Tommy Farr (à gauche donc).

Farr et Braddock, le même jour. Braddock l’emportera face à Farr en 10 rounds. Ce sera l’une de ses dernières victoires avant que son arthrite ne le pousse à stopper sa carrière.

Voici certainement le premier héros Noir-Américain que l’Amérique ait connu. Joe Louis arrive tout jeune à Détroit après que sa famille ait fui Lafayette, Alabama sous les attaques du Ku Klux Klan. C’est peut-être cela qui lui a donné sa force face au boxeur allemand Schmeling. Soutenu par l’Allemagne nazie, symbole de l’aryanisme hitlérien, Schmeling prend la raclée de sa vie par une série d’attaques très rapides de Louis en 1938. La fierté nazie se retrouve 3 fois à terre en ayant pu placer seulement deux coups. Joe Louis, déjà champion du monde face à Braddock l’année précédente devient un héros et un symbole de l’Amérique. C’est l’un des derniers grands champions d’avant-guerre.

Diabétique et après s’être fait retiré un rein en 1938, le géant Primo Carnera deviendra un catcheur à succés de 1946 à 1961. Fragilisé par sa santé, il décède le 29 juin 1967.

Après avoir disputé son dernier match en 1941, Max Baer (ici avec son fils) deviendra acteur, dj sur une radio de Sacramento et catcheur. Il meurt à 50 ans des suites d’une attaque, alors qu’il s’apprêtait à tourner des pubs à Hollywood.

Les héros de la boxe pendant la Grande Dépression quasiment au complet. Baer, Braddock et Louis encadrent Tommy Farr. Étonnemment, Farr ne sera jamais champion du monde, bien que considéré comme l’un des plus grands boxeurs anglais de tous les temps. Il perd toute sa fortune en 1940 et passe beaucoup de temps dans la misère avant d’ouvrir un pub jusqu’à sa mort. Braddock se retire discrètement dans le New Jersey où il trépassera en 1974. Joe Louis, après avoir voyagé au nom de l’armée pour développer l’esprit de corps des troupes américaines, deviendra catcheur suite à des problèmes financiers dans les 1950’s. Il sera aussi connu pour être un grand amateur de golf et pour avoir soutenu financièrement de nombreux golfeurs noirs-américains. Il meurt en 1981 et reste l’un des plus marquants boxeurs de l’histoire.

Vous ne savez pas quoi faire ce soir? Votre ennui n’a d’égal que le dernier album de Justice? Transgressez les lois et mettez du piment dans votre vie: regardez un film en streaming. Cinderella Man de Ron Howard en l’occurence. Autour de l’histoire de Jim Braddock, vous retrouverez tous ces boxeurs dans une belle reconstitution historique des années 1930.

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Paris, tu m’as manqué!

Je vous laisse jusqu’à la semaine prochaine, pour retrouver mes premières amours de bohème, avec cette photo de retrouvailles émouvantes et passionnées entre un militaire (vu sa coupe de cheveux) et sa compagne, certainement datée début des années 1950, voire fin 1940. Pour en être sûr, il faudrait que je sois un spécialiste de vieilles autos, ce que je ne suis pas. Libre à vous de laisser vos commentaires et de vous inspirer de ce style casual absolument parfait en attendant mon retour, avec un article sur les boxeurs de la Grande Dépression et une jolie surprise pour vous mesdames et mesdemoiselles.

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USAF 8th Bomber Command (1942).

C’est le hasard des coincidences qui m’amène à cet article. En effet, après avoir lu ce joli post de redingote sur les pilotes noirs américains de Tuskegee, je me suis souvenu avoir une belle sélection d’images du magazine LIFE en stock sur mon vieux VAIO. Alors évidemment, ce week-end, pour rester dans le ton, je me suis regardé, pour une énième fois, Aviator, dans lequel Di Caprio interprète le magnat et aviateur américain Howard Hughes (avec une belle interprétation de veste de pilote civil proposée par Belstaff spécialement pour le film de Scorsese). Et paf, French Cancan balance un superbe post sur Florence « Pancho » Barnes, pionnière de l’aviation, au même titre que Hughes. Alors c’était le moment de sortir ces photos du fond de mon disque dur pour les partager. Évidemment, c’est une période de l’année idéale pour parler des pilotes qui, face au froid et au danger, ont toujours su s’équiper chaudement et solidement: A1, B-3, A2, B-15, G1 et autres flying jackets, adaptées aussi pour le civil et notamment les motards de l’époque. Alors se protéger face au froid d’accord, mais face à quel danger aujourd’hui? Celui de la connerie peut-être, comme c’était le cas à l’époque d’ailleurs.

Un crew de B-17 Flying Fortress au complet, de retour sur leur base du sud de l'Angleterre après un raid au-dessus de la France. B3 et A2 jackets de rigueur.

La compagnie 8th Bomber Command de l’US Air Force arriva en Angleterre en juin 1942 avec 12 B-17 sur la base de la Royal Air Force de Polebrook. Au programme des soldats, des missions régulières de bombardement et reconnaissance qui débutèrent le 17 août de la même année pour se poursuivre jusqu’en février 1944, avant de voir leur base de stationnement réassignée à Okinawa au Japon à partir de 1945. Mais les équipages ne sont pas toujours en mission et passent énormément de temps au sol, notamment pour l’entretien de leurs fameuses forteresses volantes (Flying Fortress, nom donné aux B-17). Ce sont ces moments privilégiés que la photographe Margaret Bourke-White a choisi pour prendre ces clichés de la vie quotidienne d’un détachement de l’USAF en Europe, un mois de septembre 1942, alors que l’Allemagne peine à Stalingrad et que les États-Unis remportent victoire sur victoire dans le Pacifique, face aux Japonais.

Le tireur Richard Getty vérifie sa tourelle située sous la carlingue du B-17.

Fixage des bombes avant leur chargement dans la soute du B-17.

Cette tourelle de queue a descendu un avion allemand lors d'un raid tout récent au-dessus de l'Europe. C'est Adam Jenkins qui était aux commandes et qui, sur l'image, entretient son joujou.

Pipe à la bouche, l'officier, à gauche, vérifie que tout le monde s'équipe correctement avant de décoller. Les gilets de sauvetage sont surnommés des "Mae West", en hommage à la poitrine opulente de cette actrice des années 30. Notez aussi le nom donné au B-17 en fond: La Grosse Salope (Big Bitch). La poésie militaire est un art.

Une équipe de sol salue ceux qui embarquent dans leur B-17.

Magnifique photo de deux membres d'équipage avec leur équipement de haute-altitude.

Comme sur les campus de l'époque, on utilise son vélo pour se déplacer sur la base anglaise de la 8e Bomber Command de l'USAF.

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