greensleeves to a ground

Mois : novembre, 2010

Sound Of Silence.

Les aléas de la vie, les imprévus du quotidien sont parfois une bonne chose. Cette phrase qui semble toute faite, cette absurdité pourtant réelle qui pourrait être extraite de la conclusion d’un livre à l’eau de rose primé au Goncourt, passe pourtant à merveille dans la situation actuelle: en clair, un retour précipité à Paris. Pas de sentimentalisme et surtout, pas question d’arrêter le blog, bien au contraire. Juste un temps de pause, un temps de réflexion, un temps de transition. Un « Sound of Silence » que je mérite tout autant que Dustin Hoffmann dans The Graduate, que je vous conseille vivement: tourné en 1967, il retrace la vie post-diplôme tourmentée d’un étudiant américain sur une bande-son connue et reconnue de Simon & Garfunkel, et avec, à la réalisation, un Mike Nichols jouissivement inspiré. Revenez nombreux et profitez-en pour jeter un coup d’oeil aux archives de GSTAG. Merci pour votre fidélité et à très bientôt.

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L’hiver en Blackwatch.

C’est en feuilletant le Take Ivy recu en septembre que je décide de me chercher un petit blouson à motif tartan en laine comme l’étudiant de Dartmouth ci-dessus. Ca tombe bien, une belle enchère sur Ebay se présente: un Pendleton semble-t-il, à ma taille. Et sur l’intitulé de l’annonce, je vois « Blackwatch ». Mince, qu’est ce que c’est que ca? Ce serait à deux doigts de me foutre les jetons! Curiosité oblige, je tape dans Google: « Blackwatch wikipedia ». Et après quelques recherches, je vais vous résumer brièvement ce qu’est le tartan Blackwatch.

Il faut croire que Ralph Lauren a servi dans le Black Watch. Le tartan est absolument partout dans sa collection hiver. Plutôt très bien adapté sur les sacs, cravates et ce magnifique gilet "motard" en coton huilé.

Même dans la collection Rugby: entre autres chemises, casquette d'hiver et gilet, cette parka est du plus bel effet.

The Black Watch, c’est avant tout un régiment écossais que l’on pourrait traduire par « La Garde sombre ». Certainement le plus célèbre et le plus prestigieux. Il est le premier à avoir enfilé un kilt, et avoir joué de la cornemuse. En gros, sans The Black Watch, l’Ecosse ne souffrirait d’aucun cliché. C’est aussi le plus ancien: il remonterait effectivement à 1624, époque où les chefs de clan avaient tendance à faire dans la délinquance et la rébellion. Pour leur donner du fil à retordre, on crée cette compagnie constituée de Highlanders des clans loyaux qui sera nommée « Black Watch » lors des Scottish Rebellions de 1715. Leur nom viendrait de leur côté « surveillance » pour le mot Watch, et de leurs couleurs de kilt en tartan sombre (noir/bleu marine et vert). Cette compagnie existe toujours aujourd’hui, et est un régiment royal à part entière intervenant en Afghanistan par exemple.

Pendleton, comme souvent sur les tartans et aujourd'hui sur les motifs d'inspiration indienne, a été en avance sur le Blackwatch. Ici un superbe sac de voyage de l'hiver dernier.

Alors ce tartan a fait un bout de chemin pour arriver jusqu’à nous. Mais pour cet hiver, il n’y a pas que moi qui ait cherché à le remettre d’actualité: la plupart des marques d’inspiration American Trad l’ont adapté à tous les vêtements, tous les accessoires. Ralph Lauren a quasiment tout misé dessus à en croire leur collection hiver, aussi bien chez Polo que Rugby. Pourquoi ce tartan bleu marine et vert plutôt qu’un autre? Peut-être parce qu’il est un peu mieux adapté aux couleurs d’hiver que le tartan rouge écossais habituel. Peut-être aussi parce qu’il s’inspire d’une élite militaire à l’histoire impressionnante. Ou peut-être tout simplement parce que les stylistes ont trouvé, comme moi, que ce mec avait une sacré dégaine avec son blouson Blackwatch et ses Weejuns scotchées dans Take Ivy. En tout cas, un vêtement et un ou deux accessoires en tartan Blackwatch ne pourront pas faire de mal à votre garde-robe.

Dans la collection J.Press vs. Urban Outfiters, on a décliné le Blackwatch sur une golf jacket parfaite et un pantalon tout aussi réussi, mais plus difficile à assumer! (photo: thebengalstripe.com)

 

Toujours J.Press, mais dans ligne classique, un blazer Blackwatch que l'on imagine aussi bien avec un chino qu'avec un pantalon de smoking. Il faut tout de même avoir le courage de l'envoyer.

Fessenden School: un siècle de « preppies ».

La Fessenden School est une école privée masculine située à West Newton dans le Massachussetts. C’est le premier pensionnat créé aux États-Unis, par Frederick James Fessenden en 1903. Le motto de l’école annonce la couleur aux petits nouveaux: Labor Omnia Vincit (« Work Conquers All »). Parmi les anciens, on trouve des sportifs de haut niveau, des gouverneurs, des musiciens, un peu tout, mais les plus célèbres d’entre eux sont certainement Ted Kennedy et John Kerry. L’intérêt de cette école est cependant tout autre pour nous. Bien que certains puissent être intéressés par la Fessenden School, je ne vais pas vous parler des modalités d’inscription, mais de leurs archives disponibles sur Flickr. Très complètes, ces archives contiennent la plupart des photos de classe de 1905 à nos jours. Bien que soumises à un copyright dans leur taille originale, je me suis permis, sans aucun scrupule, de partager avec vous quelques-unes d’entre elles. Et l’intérêt est grand, puisque l’on peut suivre à travers ces images l’évolution du style vestimentaire des jeunes WASP américains, des preppies, qui font aujourd’hui tant parler d’eux, bien souvent à tort et à travers. L’occasion de retrouver, condensés en un post, tous les « grands classiques » du Trad américain dont il est question dans ce blog depuis 10 mois déjà.

1904. Knickerbockers pour les jeunes garcons, chemises club collars et vestes en laine à 4 ou 5 boutons. On est bien au début du XXe siècle.

1912. On aime les couleurs sombres. Les vestes croisées connaissent un franc succès. Les coupes sont très étroites. On ne peut faire plus formel et strict pour l'époque, surtout avec ces club collars montants qui cachent même le noeud de la cravate.

1921, période Art-Déco. Ce qui ne se remarque pas forcément ici (on est dans une école privée...). Le noir est encore la couleur du "bien habillé". On voit de plus en plus de costumes trois pièces (rang du fond). Les club collars s'ouvrent un peu. On peut voir ce même type de chemise dans Gatsby Le Magnifique. A signaler aussi, la raréfaction des knickerbockers pour les juniors.

1936. Enfin de la couleur! Chaussettes rayées, oxford saddle shoes, cravates club, blazers à deux ou trois boutons, chemises oxford et les revers aux pantalons. C'est ce qui va globalement subsister dans les 50 prochaines années , avec quelques changements de coupes et de textures évidemment. La différence avec les vingt années précédentes est considérable.

L'Après-Guerre, 1947. On file tout droit vers les années 1950. On dirait que les penny loafers arrivent. La veste en tweed semble déjà être un classique. La cravate club a été abandonnée pendant cette décennie pour des motifs plus élaborés (floraux, tartans, etc.) ou une couleur unie. Le premier noeud papillon de la sélection est à voir sur le centre gauche du second rang.

Merveilleuses années 1950! En 1953, on se sent plus décontracté. Les blazers sont désormais strictement simples, à deux et trois boutons. Les chemises oxford dégagent le cou, et même avec une cravate, les élèves ont clairement l'air plus à l'aise. Les pantalons de flannelle flottent sur les white bucks ou les penny loafers. La chaussette blanche en laine vient casser le côté formel du costume..

1966, Ivy Look! On est en plein dedans: chinos hyper fuselés, vestes madras, chemise oxford et cravates club plus étroites. On n'en dira pas plus, l'essentiel est dans l'image. Parfait!

1974. On a tendance à l'oublier cette période de transition entre l'Ivy Look des 1960's et le preppy L.L.Bean du début des années 1980. Pourtant, regardez la variété et la folie disco des vestes: du carreau à tout va! Les pantalons Prince de Galles. Les cheveux sont aussi longs que les cravates sont larges. Et même si on ne le voit pas bien sur la photo, je peux vous assurer que la Sperry Top-Siders est bien présente!

Et là, c'est pas une arrivée fulgurante du Navy Blazer à boutons dorés? 1986, on arrête les ourlets sur les chinos pour les laisser tomber sur les Sperry. En couleur ca donnerait cette association typiquement preppy: chemise blanche, cravate bordeaux, blazer bleu marine et pantalon beige. Un classique, encore de rigueur aujourd'hui.

1996. Grosse décadence des années 1990. On reste dans le Navy Blazer combiné au chino. Mais clairement, les coupes des vêtements comme les coupes de cheveux sont passées à la trappe. Les cravates sont trop longues, les pantalons "baggy" et certaines chaussures poussent sérieusement à réfléchir. On sent bien que les petits gars ont plus l'habitude des tongues et des shorts multipoches que du Trad. Peut-être que tout cela prendra un peu de valeur dans 20 ans, lorsque ce sera "vintage"...

2003. Je commente ou c'est pas la peine?

Je vous invite sincèrement à vous rendre sur le Flickr des archives de Fessenden School, ainsi que sur le site officiel. Un conseil: laissez défiler les images de la page d’accueil et regardez la manière dont les gamins envoient avec leurs shorts madras ou leur tenue de Lacrosse! Ensuite, petit exercice: postez-vous à la sortie d’un collège francais, observez et comparez (si c’est comparable)…

Un « Take Ivy » vivant: Princeton ’62.

Encore une vidéo! Décidément, Youtube devient le Life des archives vidéos. C’est Princeton, cette fois, qui se permet même d’avoir son propre compte. La superbe vidéo du crew d’aviron des années 1948-1950 venait déjà de cette collection d’archives. Ici, c’est encore un long film d’environ 25 minutes (déjà posté sur Ivy Style, je viens seulement de m’en rendre compte…). Il présente ce qui fait le prestige de cette université aux étudiants membres de l’Orange Key Service de 1962. Pour faire bref, l’Orange Key est une communauté de Princetonians qui organise des visites de l’université. L’élève qui dirige cette petite conférence filmée est Charles W. Greenleaf, qui sera à l’avenir, entre autres, un des conseillers de Reagan dans sa campagne contre Bush Senior. Pas n’importe qui le mec avec sa petite tête d’étudiant prétentieux et ambitieux…

Alors je ne vais pas vous faire un détail des moments où l’on peut voir des choses intéressantes comme sur la vidéo de Virginia Tech ’67. Mais tout ce que je peux vous dire, c’est que vous allez voir de l’Oxford Shirt, du Shaggy Dog (3:00), du chino étroit, du Letterman (5:35), de la Madras Jacket (0:30) des Weejuns, des chaussettes blanches en laine et des Converse Chuck Taylor (22:22). Des scènes extérieures du campus (2:38 et 18:08), du sport (20:32), des scènes de bibliothèque (9:33) ou encore en amphi (15:42): un véritable Take Ivy vivant. D’où l’intérêt de prendre 25 minutes de pause pour regarder le film dans son intégralité, comme ses deux étudiants qui sortent sans gêne de cours pour s’en griller une petite (16:20).

GSTAG vs. Clark Magazine.

Francis Cazal, l’homme mystérieux qui se cache derrière cet humble blog, s’est vu récemment octroyer une rubrique régulière dans le magazine Clark. Après deux années passées à remplir les pages « musique » de cet excellent mag, et après huit mois d’existence pour GSTAG, j’ai été consacré par Romain Dauriac, désormais rédacteur en chef de Clark. Première rubrique donc, que vous retrouverez pages 26 et 27 du numéro 45, superbement illustrée par l’incroyable John Woo.  En gros, deux outfits saisonniers, composés par mes soins, autour d’une pièce centrale (dans ce numéro, l’Aran Sweater porté par Forrest Gump, et le blazer en Harris Tweed par le lieutenant Aldo Rain) sont mis en scène dans un contexte purement imaginaire. Comme dans GSTAG, je me concentre sur l’origine du vêtement, en espérant donner une approche nouvelle ou du moins révisée des rubriques « style » habituelles. Ci-dessous, les deux pages volontairement de piètre qualité visuelle, afin que vous courriez acheter le numéro pour les lire et découvrir tout le reste (notamment des interviews de Jeff Koons, Terence Koh, The Hundred In The Hands et des collègues de redingote). Rendez-vous donc dans vos kiosques ou sur le site du magazine Clark pour vous procurer un exemplaire.

Un peu comme un acteur francais avec sa barbe de trois jours recevant un César pour son rôle du facteur qui couche avec une bourgeoise déjà mariée, je tiens à remercier en tout bien tout honneur: Guillaume Le Goff, co-fondateur du mag ne faisant plus partie de l’aventure mais sans qui je n’aurais jamais écrit pour Clark; Romain Dauriac qui m’a laissé une chance d’avoir ma première rubrique papier et Géraldyne Masson, pour être toujours souriante, gentille et de bonne humeur. A toute la fine équipe, merci.

Princeton vs. Dartmouth 1965

En évoquant ces deux universités et cette année, les connaisseurs vont tout de suite penser aux photos de Teruyoshi Hayashida pour Take Ivy. En effet, c’est cette même année et principalement dans ces deux universités que la plupart des photos du livre ont été réalisées (à Brown également). Suivant le niveau d’humour de chacun, j’ai trouvé cela assez drôle de tomber sur cette vidéo du match qui a opposé les deux équipes de football en 1965. Certains joueurs du terrain sont peut-être parmi les Ivy Leaguers photographiés dans le fameux livre… Bonne chance pour les identifier. Ce 25 novembre 1965,  Dartmouth emporte le match et le Lambert Trophy par la même occasion, point d’honneur à une saison sans défaite pour les « Big Green », et mettant fin aux 17 victoires consécutives de Princeton. Un bon complément au précédent post.

Click on pictures to see the video.

Le joueur de Dartmouth Sam Hawken s'envole pour faire le block contre Princeton en novembre 1965. Aujourd'hui, ce type de jeu est interdit. (Picture courtesy Mark Bernstein)

 

Le programme du match, où l'on voit le Tigre de Princeton accueillir l'Indien de Dartmouth. Les programmes sont de véritables objets collectors. Ils incluaient une présentation très complète des joueurs, équipes, stats et de nombreuses photos. (sur http://www.collectableivy.com)

Sports & Spectators in Free&Easy.

Dans le numéro d’avril 2010, le magazine japonais Free & Easy donnait sa vision logiquement Ivy du sport universitaire. On met quoi sur le terrain? On met quoi dans les tribunes? Inspiration et début de réponse avec ces quelques scans, dont la qualité laisse à désirer car réalisés avec les moyens du bord. A noter, de belles marques, références dans le domaine de la reproduction de vêtements vintage universitaires, telles que Warehouse ou Tailgate Clothing.

 



Oxford College « Letter Men ».

Deux amis revenant de Tokyo les bagages remplis de Letterman Sweaters se sont posés pas mal de questions sur la manière de les porter. J’ai tout de suite pensé à eux en tombant sur cette photo de l’Oxford College Library. Blouson ou pull avec ou sans manches, on a à peu près tous les types possibles de letterman sweater sur une seule photo. Ne manque peut-être que le classique cardigan. Ne cherchez pas le « O » d’Oxford, c’est bien un « E » que vous voyez, puisque le college est situé sur le campus d’Emory University, situé à Oxford, Georgia. Si l’on en croit la date du pull « 1939 » du  freshman à droite de l’image, il serait judicieux de dater cette dernière entre 1938 et 1940. Pour la petite histoire, certes moins drôle, la plupart des élèves visibles ici se retrouveront enrôlés dans l’armée US pendant la Seconde Guerre Mondiale. Certains même y périront. Oui, vous avez raison, mieux vaut rester sur cette belle bande de potes souriants en letterman!

Courtesy of Oxford College Library.