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Mois : janvier, 2013

Pause-café viennois.

J’me barre à Vienne! Mais non, pas pour la vie, comme me le faisait naivement (je sais qu’il y a un tréma sur le « i » mais je ne peux pas le faire sur mon clavier allemand, je vous l’ai déjà dit ça!) remarquer un ami ce matin qui croit qu’à chaque fois que je bouge dans une ville germanophone, c’est pour la vie. Sauf que Vienne, moi, je n’y ai jamais foutu les pieds. À ce qu’on dit, les cafés y sont les meilleurs et les plus agréables du monde, on y a vu Mozart et Vivaldi jouer leurs plus belles pièces, Tolstoi et Kafka se coller des mines au Café Central et même Schubert et sa truite y sont nés. Regorgeant de merveilles architecturales, un vieux quartier classé à l’UNESCO, ses ruelles étroites que l’on imagine éclairées par la bougie d’un passant emmitouflé dans sa cape et son tricorne, une goutte de lait tombant dans un café viennois et s’animant en spirale sous les effets d’une petit cuillère, c’est tout cela que Vienne évoque et anime en nous. Alors plutôt que d’en garder une évocation brumeuse qui peut s’avérer complètement fausse – pourtant Dieu sait si j’évoque bien et avec plaisir –  je vais y faire un tour pour quelques jours, et peut-être y découvrirai-je cette époque du Jugendstil, cette Vienne du début du XXe siècle que l’on voit ci-dessous, un peu plus sale, un peu plus chic, sans même avoir à fermer les yeux. On se revoit la semaine prochaine.

Le bâtiment de l'Arsenal, sur la place Am Hof en 1900.

Le bâtiment de l’Arsenal, sur la place Am Hof en 1900.

L'Hôpital de la Charité, 1903.

L’Hôpital de la Charité (Zur Heiligen Barmherzigkeit), 1903.

Un café de la Hauptallee, 1910.

Un café de la Hauptallee, 1910.

La rue Mariahilfer, 1901.

La rue Mariahilfer, 1901.

Gumperdorferstraße dans le 6e arrondissement viennois, 1899.

Gumperdorferstraße dans le 6e arrondissement viennois, 1899.

Livraison sur le marché à la viande de la Verladeplatz, 1900.

Livraison sur le marché à la viande de la Verladeplatz, 1900.

L'une des rues les plus célèbres de Vienne: Graben, en 1905.

L’une des rues les plus célèbres de Vienne: Graben, en 1905.

L'opéra de Vienne en 1909.

L’opéra de Vienne en 1909.

La Karlskirche, 1909.

La Karlskirche, 1909.

L'Arsenal, qui servait en 1910 de caserne de pompiers.

L’Arsenal, qui servait en 1910 de caserne de pompiers.

Le célèbre Naschmarkt, long d'1,5 kilomètres, en 1912.

Le célèbre Naschmarkt, long d’1,5 kilomètres, en 1912.

L'appartement d'un certain Carl Schreiners, typiquement viennois du début du siècle dernier, 1905.

L’appartement d’un certain Carl Schreiners, typiquement viennois du début du siècle dernier, 1905.

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1947 : Andrew J. Paris met la gomme.

Pas la peine de chercher sur Wiki comme vous le faites à chaque fois que votre copine vous demande par SMS si vous connaissez un artiste qu’elle vient de voir à Beaubourg, avant de lui sortir un lâche : « Putain, mais ça y est, tu débarques. Le mec a juste fait {l’oeuvre dont vous copiez-collez le nom} en 1996. » Ici vous ne trouverez pas ou peu d’infos sur Andrew J. Davis. Andy, c’est un mec à la Ed Wood ou Preston Tucker. Ces fous aux costumes pinstripe croisés et peak lapels sans fin que l’après-guerre décomplexée a rendu génies: Ed, dans le cinéma (enfin, pas tellement à l’époque) et Tucker dans l’automobile, avec sa ’48 Sedan. Andy, lui, c’est tout autre chose. En 1946, dans sa ville de McAllen, Texas, il surprend des gosses en train de se battre et en essayant de les arrêter, il se rend compte que tout ce brouhaha a lieu à cause d’un… chewing-gum. Un peu trop cher à l’époque, on se fout sur la tronche pour en avoir un bout : la faute aux soldats américains qui les distribuaient à la volée aux françaises libérées? Peut-être. Quoiqu’il en soit, voyant là une opportunité, Paris se lance dans le business de la gomme à mâcher à 27 ans à peine. Objectif n°1 : choper du latex et du sucre, la base. Son statut de petit importateur de sucettes lui permet de passer un deal avec quatre usines mexicaines basées à Monterrey, où à l’époque on fait autre chose qu’organiser des free parties pour les hippies en Van Volkswagen. Et attention, c’est là que le mec sort ses couilles : il ne va pas produire quelques tonnes pour essayer, mais il va directement inonder le marché avec 5000 tonnes de « ACE Bubble Gum », à 1 penny la pièce. Carton plein – mais vide dans les stocks : il distribue ses petits rectangles roses à la volée, accueille les chaînes de TV et les journaux avec son équipe et en profite pour rendre célèbre la bulle de chewing-gum. Photogénique, avec son style de star du cinéma, les Mexicains qui travaillent pour lui en font leur idole et LIFE lui consacre même un reportage photo en janvier 1947. Pour vous, Mesdames Messieurs, à la manière d’un Stéphane Bern des têtes couronnées de bonnes idées, voici donc le Roi du Chewing-Gum et sa bande de joyeux lurons, en images.

Andrew J. Paris dans son bureau, un "Paris Bubble Gum" à la bouche, naturellement. 1947.

Andrew J. Paris dans son bureau : cheveux slickés vers l’arrière, petite moustache, costume croisé pinstripe, mouchoir de poche et boutonnière assortis. Une gueule de star hollywoodienne mais qui préfère les bulles à la clope. 1947.

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Andy avec ce qui le rendra riche et célèbre: un chewing-gum à 1 penny.

Andy avec ce qui le rendra riche et célèbre: un chewing-gum ACE à 1 penny.

Dans la compagnie "Paris Bubble Gum", on s'affiche tous avec une bulle lorsque les médias sont là. C'est grâce à eux que la bulle de chewing-gum s'est démocratisée dans le monde entier.

Dans la compagnie « Paris Bubble Gum », on s’affiche tous avec une bulle lorsque les médias sont là. C’est grâce à eux que la bulle de chewing-gum s’est démocratisée dans le monde entier.

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L'équipe d'Andrew Paris est jeune, ce qui n'a certainement pas nui à l'image de la marque, et à son succès.

L’équipe d’Andrew Paris est jeune, ce qui n’a certainement pas nui à l’image de la marque, et à son succès.

Andy Paris, malgré son jeune âge (27 ans lorsqu'il décide de se lancer dans le chewing-gum) était un business-man organisé et respecté.

Andy Paris, malgré son jeune âge (27 ans lorsqu’il décide de se lancer dans le chewing-gum) était un business-man organisé et respecté.

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Andy Paris au milieu d'une foule de gamins affamés devant une école de McAllen: en tout, ce ne sont pas quelques poignées de chewing-gum qu'il écoulera, mais 5000 tonnes.

Andy Paris au milieu d’une foule de gamins affamés devant une école de McAllen, Texas : en tout, ce ne sont pas quelques poignées de chewing-gum qu’il écoulera, mais 5000 tonnes.

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Des bulles, des bulles et encore des bulles, pourtant l’histoire d’Andrew Paris n’a rien d’une bande-dessinée. Sur une simple chamaille de gosses dans la rue, il s’est bâtit un petit empire du chewing-gum dans l’Amérique d’après-guerre: une Amérique du fast-food, de la bagnole tunée, des chinos trop courts et des penny loafers. Stratégiquement malin, stylistiquement parfait: étonnant qu’on n’ait pas encore pensé à en faire un film. (Crédits photos: LIFE/Cornell Cappa, Janvier 1947).

En 2011, sur la base de ces archives de LIFE et d’autres documents rares et témoignages, un documentaire lui est consacré et le fait ressortir de l’ombre pour un temps.

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August Sander. De bonnes têtes d’allemands.

Et pourquoi ne pas étudier le style des années 1910 à 1950 en faisant aussi un peu de photographie, d’histoire et d’anthropologie? Vous pouvez ne pas être né de la dernière pluie, ne pas avoir inventé la poudre, être con comme un balai, il est absolument impossible de n’avoir jamais vu un de ses portraits. August Sander a été à la photographie de portrait ce que Brigitte Lahaie a été au porno français : il a posé les bases. Le petit August est né ébouriffé en 1876, dans le village de Heldorf, au sud-ouest de l’Allemagne. Bien qu’il n’ait aucun lien avec quelque japonais que ce soit, pas la peine d’attendre bien longtemps avant de le voir tenir un appareil photo en assistant un photographe de Trèves, de 1897 à 1899, avant que son oncle ne l’aide à monter son premier atelier de photo en 1904, à Linz, en Autriche. D’abord productif en tant que père plus qu’en tant que photographe (il a 4 enfants avec sa femme Anna Seitenmacher), il part s’installer à Cologne, au 201 Dürener Straße, où sa réputation se fera dès 1910 grâce à de superbes clichés de paysages naturels et industriels. Sander s’ennuyant un peu dans son atelier, il monte le Kölner Progressive – mouvement qui regroupe graphistes, écrivains, peintres, architectes et photographes, au début des années 1920. C’est grâce à ce mouvement que son travail de portraitiste s’étale au grand jour, en pleine République de Weimar, avec la parution en 1929 de 60 portraits intitulés Menschen des 20. Jahrhunderts (Les Hommes du XXe siècle).

Autoportrait d'August Sander, 1925.

Autoportrait d’August Sander, 1925.

Au-delà de son talent de photographe, il agit dans son travail en tant qu’humain, citoyen d’une Allemagne meurtrie après la Première Guerre Mondiale, instable, pauvre et en recherche de personnalité. Vous ne verrez pas de sourire sur les visages des médecins, des instituteurs, des paysans, des soldats nazis, des artistes pris par Sander, arborant tous une froideur de regard et d’expression, reflet d’une époque de montée vers l’extrémisme, mais où il faut malgré tout vivre et parfois survivre. En passant en revue toutes les couches de la société, il délivre un témoignage historique d’une richesse incroyable sur le style de vie dans l’Allemagne d’entre-deux guerres, ainsi que sur le style tout court, mais s’expose aussi aux rigueurs idiotes de la dictature nazie : en 1934, cette variété étant contraire aux principes fondamentaux aryens, ses portraits sont confisqués et il est interdit par les autorités de les continuer. Cette même année, son fils Erich, membre du Parti Travailleur allemand, est arrêté et emprisonné à Siegburg. Il meurt 6 mois avant sa libération, en 1944. En 1946, August entreprend une documentation photographique sur la ville détruite de Cologne. Il y mourra en 1964. Eh oui, vous l’attendez cette fin où je vous dis « il est mort, mais ses portraits resteront à jamais dans nos mémoires, intemporels et influents, inspirants les plus grand photographes de la seconde moitié du XXe siècle ». Ben voilà, vous l’avez.

Vieil homme, 1910.

Vieil homme, 1910.

Jeunes fermiers, 1914.

Jeunes fermiers, 1914.

Pilote, 1920.

Aviateur, 1920.

Jeunes frères, 1920.

Jumeaux, 1920.

Instituteur, 1921.

Instituteur, 1921.

Le Quartet Havemann, 1923.

Le Quartet Havemann, 1923.

Le peintre polonais Jankel Adler, 1924.

Le peintre polonais Jankel Adler, 1924.

Notaire, 1924.

Notaire, 1924.

Le peintre allemand Otto Freundlich, 1925.

Le peintre abstrait allemand Otto Freundlich, 1925.

Le philosophe allemand Max Scheler, 1925.

Le philosophe allemand Max Scheler, 1925.

Forgerons, 1926.

Forgerons, 1926.

Photo tirée d'une série sur les travailleurs du cirque réalisée entre 1926 et 1932.

Photo tirée d’une série sur les travailleurs du cirque réalisée entre 1926 et 1932.

Le peintre allemand Otto Dix et sa femme Martha, 1926.

Le célèbre peintre allemand Otto Dix et sa femme Martha, 1926.

Étudiant d'école de grammaire, 1926.

Étudiant d’école de grammaire dans un superbe 2-pièces imprimé, 1926.

Maçon, 1926.

Maçon, 1926.

Anton Räderscheidt, peintre du mouvement de la Nouvelle Objectivité, 1926.

Anton Räderscheidt, peintre du mouvement de la Nouvelle Objectivité, 1926.

L'écrivain et critique de théâtre Franz Paul Brückner, 1926.

L’écrivain et critique de théâtre Franz Paul Brückner, 1926.

Le marchand d'art Sam Salz, 1927.

Le marchand d’art Sam Salz, 1927.

Un démocrate, membre du Parlement de la République de Weimar, 1927.

Un démocrate, membre du Parlement de la République de Weimar, 1927.

Poseur de briques, 1928.

Poseur de briques, 1928.

L'artiste constructiviste Heinrich Hörle, 1928.

L’artiste constructiviste Heinrich Hörle, 1928.

Le peintre Robert Seuffert, 1928.

Le peintre Robert Seuffert, 1928.

Pâtissier, 1928.

Pâtissier, 1928.

Mains de l'écrivain Mather, 1928

Mains de l’écrivain Mather, 1928.

"Touring player", 1928-1930.

« Touring player », 1928-1930.

L'écrivain et critique de théâtre Theodor Haerten, 1928.

L’écrivain et critique de théâtre Theodor Haerten, 1928.

Jeune instituteur, 1928.

Jeune instituteur, 1928.

Banquier, 1929.

Banquier, 1929.

Ouvriers agricoles, 1929.

Ouvriers agricoles, 1929.

L'une des grandes figures du Dada berlinois : l'artiste et écrivain Raul Hausmann, 1929.

L’une des grandes figures du Dada berlinois : l’artiste et écrivain Raul Hausmann, 1929.

Porteur, 1929.

Porteur, 1929.

Jockey, 1930.

Jockey, 1930.

Le professeur d'art, Karl With, 1932.

Le professeur d’art, Karl With, 1932.

Un fabricant de papier et sa femme, 1932.

Un fabricant de papier et sa femme, 1932.

Nazi, 1935.

Nazi, 1935.

Un industriel, 1936.

Un industriel avec sa cravate à pois, 1936.

Soldat allemand, 1940.

Soldat allemand, 1940.

Jeune nazi, 1941.

Jeune nazi, 1941.

Le prisonnier politique Erich Sander, fils d'August, peu de temps avant sa mort en détention, 1943.

Le prisonnier politique Erich Sander, fils d’August, peu de temps avant sa mort en détention, 1943.

Le deuxième fils d'August, Gunther Sander, 1956.

August Sander en 1956. Par son deuxième fils, Gunther.

Plus de photos de Sander issues des collections de la Tate ici.

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Motivés pour 2013.

Vous avez tous certainement pris de bonnes résolutions pour cette nouvelle année. Chaque année, vous y pensez ; chaque année, vous ne vous y tenez pas. Regardez par exemple le nombre de fois où je me suis résolu à poster plus sur GSTAG, et pourtant je poste de moins en moins. Ben, cette année, je m’fais pas chier, je ne vous promets rien, si ce n’est que ce blog va continuer d’exister. Il va continuer de suivre mes passions, pas celles de GQ, c’est tout ce que je peux vous promettre. Ce seront les années 1910, les années 1920, mais peut-être aussi les années 1950 ou 1960. Mais toujours pas au-delà: j’ai jamais été pattes d’éléphant, j’ai jamais été jeans troués délavés et encore moins joggings fluos. Quand on s’est fait une clientèle dans le bonbon, on commence pas à vendre des jarrets de porc. C’est ce que l’on pourrait reprocher à de nombreuses marques, qui ont troqué leur fond de commerce pour s’inscrire dans la tendance. Une tendance qui n’en finit pas de s’écourter, une tendance que l’on est tellement habitués à voir disparaître, que l’éducation des gens se fait petit à petit et on les voit de plus en plus se tourner vers l’objet de qualité plutôt que vers l’objet de frivolité. Les blogs, force est de le reconnaître, y sont pour beaucoup. Et on ne peut pas reprocher à qui que ce soit de chercher l’inspiration avec un café au bureau sur ces nouveaux Fernand Nathan du style, professeurs fous et sectaires de la toile qui, tels des archéologues de la recherche Google vont chercher le moindre petit détail historique du tissu qui compose votre mouchoir de poche. Jusqu’au jour où avoir un blog deviendra une tendance (si ce n’en est pas déjà une) et à ce moment-là, les puristes du vêtement trouveront autre chose. Quelque chose de plus passionnant encore, peut-être un vrai retour aux ventes par correspondance, aux livres, à la fouille de collectionneur. Car ne nous voilons pas la face, ces pièces qui nous inspirent et qui ont créé l’histoire du style pendant ces périodes qui nous intéressent tant: elles se font rares, très rares. Et bientôt Buzz Rickson reproduira des Avirex des années 1990 et Nigel Cabourn s’inspirera de l’histoire de Man vs. Wild pour ses collections, les greniers de vos grand-parents seront vides, les collectionneurs cacheront leurs pièces uniques et Ebay sera un Eldorado asséché. En attendant, je continue de vous servir tout ce que je trouve, tout ce que j’ai envie de partager – histoire, inspiration, héritage – et de vous faire chier en vous faisant la morale. Comme ce personnage de fiction nommé Bill Jones, créé par l’agence Parker Holladay Chicago dans les années 1920 pour motiver la main d’oeuvre bureaucratique qui mènera les États-Unis à leur perte, en 1929. Bonne année à tous, et merci, merci ! pour votre fidélité.

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Plus d’illustrations et d’informations sur Art Of Manliness.

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