greensleeves to a ground

Mois : mars, 2010

Un week-end avec JFK.

Que ce soit à Hyannis Port dans la maison familiale, sur le Maine à bord de son voilier Victura (comme ci-dessus) ou sur un parcours de golf, John F. Kennedy était un homme sportif, sachant profiter de la vie et surtout de sa femme, de ses enfants et de ses frères. Au-delà du Président, il y avait le père de famille et un personnage décontracté, digne de l’aube joyeuse des années 1960 . Sportswear, casual wear, … bien loin de ses costumes d’homme politique, JFK représente un style à l’américaine qui n’a pas pris une ride.

JFK et Jackie, alors tout jeune couple près de leur résidence de Georgetown (1954)

Très tôt, le couple Kennedy se montre très sportif. Et bien souvent d'ailleurs, ils jouaient ensemble, notamment au tennis.

JFK professeur de voile, à Hyannis Port en 1959 (Crédits : Mark Shaw)

Kennedy fut certainement le meilleur golfeur de tous les Présidents. Son swing était superbe (handicap 7-10)

JFK, sa femme Jackie et leur fille Caroline à Hyannis Port en 1959 (Crédits : Mark Shaw)

JFK et l'une de ses habitudes préférées : fumer un cigare et lire le journal sur son yacht fétiche : le Honey Fitz, à Hyannis Port. Ici, le 31 août 1963 (Crédits : JFK Presidential Library)

Le Président, sa femme, sa fille Caroline, son fils John F. Kennedy Jr. et leurs chiens sur la terrasse de la maison familiale de Hyannis Port (14 août 1963 / JFK Presidential Library)

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Le sweatshirt

Sweatshirt, ou sweat : ces mots nous ramènent quelque peu vers notre enfance. On en a tous porté un. A la fois solide, épais, simple et passe-partout. Ce sont d’ailleurs ces caractéristiques qui en ont fait un accessoire sportswear et/ou casual indispensable. Après le pantalon chino, voici la brève histoire d’un autre basique indémodable, et des marques qui l’ont inventé.

Knute Rockne, joueur de l'équipe de football US de Notre-Dame à la fin des années 1920.

Impossible de dire qui de Russell Athletic (née Russell Manufacturing Company) ou de Champion (née Knickerbocker Knitting Company) a inventé le sweatshirt. Ce vêtement part, comme souvent, d’un besoin simple : garder les sportifs au chaud avant ou après leur effort. Créée en 1902 par Benjamin Russell, Russell Athletic s’installe en Alabama. Il commence avec 8 machines à tricoter et 10 machines à coudre qui produisent au début des sous-vêtements pour femmes et enfants. Très vite l’entreprise devient une véritable affaire et toute une ville est créée autour de l’usine.  Dans les années 1920, Ben Russell Junior, qui joue au football américain à l’Université d’Alabama, soutient auprès de son père à quel point il est désagréable de transpirer dans du tricot. Sur les conseils de son fils qui connaît la solidité du coton, Russell Père lance la fabrication du sweatshirt.

Une équipe de foot US dans les années 1930.

En parallèle, depuis 1919, la Knickerbocker Knitting Company fondée par deux frères, Abe et Bill Fainbloom, lance une gamme de produits destinés aux sportifs. Ils déposent un brevet pour le Reverse Weave (littéralement « tissage inversé ») qui donne à leurs sweatshirts une solidité sans pareil. A l’époque, leur gamme comprend également les premiers jerseys de football américain, les premiers sweats à capuche (portés sur les bancs de remplaçants durant les matchs), les premières mailles respirantes, etc. Ce sont eux qui auront l’idée dans les années 1930 de floquer leurs vêtements.

Sweat et chemise : détail d'une photo de Frank Habicht, devant la Bazaar Boutique à Londres.

L'art de porter le sweatshirt aux débuts des années 1960.

Difficile donc de savoir qui l’a inventé. Quoiqu’il en soit, le sweatshirt connaît ses heures de gloire lors des 1960’s sur les campus américains et anglais, porté sur une chemise de flanelle, un chino ou un jean brut courts et des penny loafers, sans oublier les légendaires chaussettes Adler blanc écru en laine. Steve McQueen, James Dean ou JFK le portent pour faire de la moto, de la voile ou traîner sur leur terrasse avec la classe qu’on leur connaît.

Steve McQueen en sweat avec un jean, et sur une moto...

... ou avec un chino, un blouson A-2 et un gant de baseball (La Grande Evasion, 1962)

Aujourd’hui, il est possible de trouver de superbes sweatshirts, tels que l’armée américaine les portait dans les années 1930 et 1940 sans avoir à passer des heures sur Ebay. Il faudra aller voir du côté des japonais, qui encore une fois ont hérité des machines américaines dans les années 1970. La marque Buzz Rickson propose un modèle « gris passé » splendide, fabriqué sur des machines des années 1920, qui reprend tous les détails des modèles de l’époque : des coutures au fameux petit « V » sous le col. Col rond, cela va de soit.

Etudiant de Brown University en 1968 (extrait de Take Ivy)

Le Samouraï : sacre de Delon et Melville.

Alain Delon est au sommet de sa gloire. Depuis 1960, il enchaîne les grands films, souvent dans les premiers rôles : Rocco et ses Frères en 1961, Le Guépard ou encore Mélodie en Sous-Sol en 1963. Jean-Pierre Melville, lui, est un réalisateur qui cherche encore son style, même si son Silence de la Mer est déjà un chef-d’oeuvre. En 1967, les deux personnalités au caractère bien trempé tournent ensemble Le Samouraï. Delon dans un rôle froid, quasiment sans texte, centré sur son personnage, Jef Costello se voit hissé au rang d’icône ; Melville derrière la caméra dans un style épuré, mais où le moindre geste du héros vient enrichir l’histoire, donne naissance à son propre genre. C’est le début d’une collaboration entre les deux hommes qui durera jusqu’à la mort du réalisateur en 1973.

Alain Delon et Jean-Pierre Melville sur le tournage du Samouraï (été 1967).


« II n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï ; si ce n’est celle du tigre dans la jungle, peut-être… » Ainsi commence le film,  sur le plan minimaliste d’un homme allongé sur son lit, au milieu d’une pièce sombre et vide, embrumée par la fumée de sa cigarette. Le seul bruit : le chant d’un oiseau en cage, l’unique part d’humanité dans ce lieu où tout semble figé. Cette phrase d’introduction est censée être tiréé du Bushido (code d’honneur des Samouraïs), mais c’est en réalité Melville qui l’a trouvée. En tout cas, cette solitude va être le fil conducteur de toute l’histoire, presque un personnage à part entière, suivant le tueur Jef Costello dans le Paris des années 1960, à pied, en métro ou à bord d’une DS volée de Jourdain à Châtelet, en passant par Télégraphe.



Ce qui nous intéresse ici, hormis l’histoire, c’est le style vestimentaire et émotionnel d’Alain Delon. Solitaire donc, mais diablement bien habillé, sobre et froid à l’image de son personnage. Une palette de couleurs restreinte, à l’image de la photographie de Henri Decaë : gris, noir, bleu marine profond, beige. Des coupes étroites et droites, signes de la rigueur et de la précision du tueur, comme du réalisateur dans son découpage de l’image. Toujours en costume et cravate assortie, chemise blanche button-down, sous un trench typique ou un manteau, et coiffé d’un Borsalino gris, Jef Costello mène « paisiblement » sa vie d’homme seul et d’assassin jusqu’au jour où une femme (pianiste de jazz jouée par Cathy Rosier) le surprend après l’un de ses meurtres.

Le souci du détail chez Melville : une montre Baume & Mercier portée par Jeff Costello (Alain Delon) sur l'intérieur du poignet.

Le jeu de Delon est spectaculaire. Il faut attendre dix minutes avant que Jef ne prononce un mot (chose pour laquelle Delon a accepté le film), les plans sont concentrés sur l’acteur, sur ses gestes d’une précision de tueur justement. Il passe, repasse dans le champ de la caméra, reste d’un calme troublant, et le spectateur est obnubilé par le regard, la froideur et la tension qu’engendre la prestation de Delon. Même en sa maîtresse (jouée par sa femme d’alors, Nathalie Delon), il ne trouve aucun réconfort et reste de marbre. Seul l’oiseau, un bouvreuil, semble être sa part d’humanité, chantant différemment lorsque quelqu’un est passé dans son repaire.

La réalisation de Melville, exemplaire et atypique, s’accorde avec l’acteur. Le Samouraï est un polar minimaliste où les scènes d’action sont remplacées par des moments de suspension aux gestes du tueur d’une précision extrême. Il voulait filmer ce qui l’intéresse, inspiré par les estampes japonaises aux traits secs. Avec ce film, Melville, l’égocentrique, s’accomplit et donne naissance à un nouveau genre et à un nouveau style de réalisation : le film melvillien qui mènera au Cercle Rouge. Polar au tueur solitaire, Le Samouraï inspire encore aujourd’hui les Tarantino, Scorsese, Woo ou Jarmusch.

N’oublions pas de mentionner une superbe musique du grand François de Roubaix (il fera prochainement l’objet d’un article…), qui vient apporter la dernière touche au tableau mythique de Melville et Delon.

« Take Ivy » pour tous.

Une nouvelle de taille a été diffusée par Mister Crew, le site CNNGo.com, puis le blog Ivy Style : le fameux photobook de T. Hayashida, originellement paru dans un Men’s Club de 1965 puis réédité plus tard, est réimprimé par l’éditeur américain powerHouse Books et avec l’aide de mécènes de renom. La nouvelle version sera disponible aux Etats-Unis en août 2010 et en Anglais au prix annoncé de 24,95$ (le prix diffère de Amazon à powerHouse). C’est peu, très peu, sachant que le livre, rare,  peut se vendre plus de 1000€ dans sa version initiale ! En tout cas, c’est l’occasion pour tout le monde, même si c’est avec un peu de retard, de se procurer la Bible du look Ivy et Preppy.