1947 : Andrew J. Paris met la gomme.

par greensleevestoaground

Pas la peine de chercher sur Wiki comme vous le faites à chaque fois que votre copine vous demande par SMS si vous connaissez un artiste qu’elle vient de voir à Beaubourg, avant de lui sortir un lâche : « Putain, mais ça y est, tu débarques. Le mec a juste fait {l’oeuvre dont vous copiez-collez le nom} en 1996. » Ici vous ne trouverez pas ou peu d’infos sur Andrew J. Davis. Andy, c’est un mec à la Ed Wood ou Preston Tucker. Ces fous aux costumes pinstripe croisés et peak lapels sans fin que l’après-guerre décomplexée a rendu génies: Ed, dans le cinéma (enfin, pas tellement à l’époque) et Tucker dans l’automobile, avec sa ’48 Sedan. Andy, lui, c’est tout autre chose. En 1946, dans sa ville de McAllen, Texas, il surprend des gosses en train de se battre et en essayant de les arrêter, il se rend compte que tout ce brouhaha a lieu à cause d’un… chewing-gum. Un peu trop cher à l’époque, on se fout sur la tronche pour en avoir un bout : la faute aux soldats américains qui les distribuaient à la volée aux françaises libérées? Peut-être. Quoiqu’il en soit, voyant là une opportunité, Paris se lance dans le business de la gomme à mâcher à 27 ans à peine. Objectif n°1 : choper du latex et du sucre, la base. Son statut de petit importateur de sucettes lui permet de passer un deal avec quatre usines mexicaines basées à Monterrey, où à l’époque on fait autre chose qu’organiser des free parties pour les hippies en Van Volkswagen. Et attention, c’est là que le mec sort ses couilles : il ne va pas produire quelques tonnes pour essayer, mais il va directement inonder le marché avec 5000 tonnes de « ACE Bubble Gum », à 1 penny la pièce. Carton plein – mais vide dans les stocks : il distribue ses petits rectangles roses à la volée, accueille les chaînes de TV et les journaux avec son équipe et en profite pour rendre célèbre la bulle de chewing-gum. Photogénique, avec son style de star du cinéma, les Mexicains qui travaillent pour lui en font leur idole et LIFE lui consacre même un reportage photo en janvier 1947. Pour vous, Mesdames Messieurs, à la manière d’un Stéphane Bern des têtes couronnées de bonnes idées, voici donc le Roi du Chewing-Gum et sa bande de joyeux lurons, en images.

Andrew J. Paris dans son bureau, un "Paris Bubble Gum" à la bouche, naturellement. 1947.

Andrew J. Paris dans son bureau : cheveux slickés vers l’arrière, petite moustache, costume croisé pinstripe, mouchoir de poche et boutonnière assortis. Une gueule de star hollywoodienne mais qui préfère les bulles à la clope. 1947.

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Andy avec ce qui le rendra riche et célèbre: un chewing-gum à 1 penny.

Andy avec ce qui le rendra riche et célèbre: un chewing-gum ACE à 1 penny.

Dans la compagnie "Paris Bubble Gum", on s'affiche tous avec une bulle lorsque les médias sont là. C'est grâce à eux que la bulle de chewing-gum s'est démocratisée dans le monde entier.

Dans la compagnie « Paris Bubble Gum », on s’affiche tous avec une bulle lorsque les médias sont là. C’est grâce à eux que la bulle de chewing-gum s’est démocratisée dans le monde entier.

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L'équipe d'Andrew Paris est jeune, ce qui n'a certainement pas nui à l'image de la marque, et à son succès.

L’équipe d’Andrew Paris est jeune, ce qui n’a certainement pas nui à l’image de la marque, et à son succès.

Andy Paris, malgré son jeune âge (27 ans lorsqu'il décide de se lancer dans le chewing-gum) était un business-man organisé et respecté.

Andy Paris, malgré son jeune âge (27 ans lorsqu’il décide de se lancer dans le chewing-gum) était un business-man organisé et respecté.

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Andy Paris au milieu d'une foule de gamins affamés devant une école de McAllen: en tout, ce ne sont pas quelques poignées de chewing-gum qu'il écoulera, mais 5000 tonnes.

Andy Paris au milieu d’une foule de gamins affamés devant une école de McAllen, Texas : en tout, ce ne sont pas quelques poignées de chewing-gum qu’il écoulera, mais 5000 tonnes.

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Des bulles, des bulles et encore des bulles, pourtant l’histoire d’Andrew Paris n’a rien d’une bande-dessinée. Sur une simple chamaille de gosses dans la rue, il s’est bâtit un petit empire du chewing-gum dans l’Amérique d’après-guerre: une Amérique du fast-food, de la bagnole tunée, des chinos trop courts et des penny loafers. Stratégiquement malin, stylistiquement parfait: étonnant qu’on n’ait pas encore pensé à en faire un film. (Crédits photos: LIFE/Cornell Cappa, Janvier 1947).

En 2011, sur la base de ces archives de LIFE et d’autres documents rares et témoignages, un documentaire lui est consacré et le fait ressortir de l’ombre pour un temps.

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