Raquette en bois, gazon et clope: la légende de Bill Tilden.

par greensleevestoaground

Homosexuel qui pratique un sport plutôt réservé à la gent féminine, grand et frêle (1,88m pour 70 kilos), aucune relation sexuelle avant sa quarantaine, c’est le profil idéal pour en chier socialement dans la première moitié du XXe siècle. N’y voyez aucune homophobie, mais le contexte dans lequel il évoluait l’était lui bien au-delà de ce que l’on puisse imaginer, notamment lorsque l’on sait que les relations homosexuelles sont illégales à cette époque. Pourtant, c’est bien avec cette personnalité que William « Bill » Tilden est devenu l’un des plus grands tennismen de tous les temps: sept victoires à l’US Open entre 1920 et 1929, 3 victoires à Wimbledon (1920, 1921 et 1930) et j’en passe, dont une domination incroyable sur la Coupe Davis, alors compétiton la plus importante. En tout, ce sont 115 titres amateurs et 15 titres en professionnel: plus que Federer et Nadal réunis… Eh oui, avant 1927, les tournois du Grand Chelem (Australie, US Open, Roland Garros, Wimbledon) sont uniquement accessibles aux amateurs. Ce qui n’enlève rien au talent de Tilden qui avait affaire à de grands joueurs tels que Ellsworth Vines, Don Budge, William Johnston, René Lacoste… C’est d’ailleurs ce dernier qui met fin à la domination américaine sur la Coupe Davis avec ses Quatre Mousquetaires (Brugon, Cochet, Borotra, Lacoste) et qui vient perturber Big Bill à Wimbledon (vainqueur en 1925 et 1928) ainsi qu’à l’US Open (1925, 1927, 1929). Comme Federer, Tilden est maudit à Roland Garros où il atteint la finale sans jamais gagner (sauf le tournoi pro, mais qui ne fait pas partie du Grand Chelem, mais du Pro Chelem). A croire que la terre battue parisienne ne plaît pas aux joueurs « intelligents »: car hormis son service « boulet de canon » qui lui permet d’enchaîner les aces (fait rare à une époque où les joueurs de tennis ressemblent à des ballerines s’envoyant la balle), Bill est connu pour avoir une stratégie et une vision de jeu exceptionnelles, capable de s’adapter aux styles de ses adversaires. Dans cette période de l’année 2012 où le gratin du tennis mondial fait une tournée des courts européens (Roland Garros, Queen’s, Halle, Wimbledon), GSTAG rend hommage à ce joueur dont le talent a été effacé par les Laver, Borg, Lendl, Sampras, Federer, Djokovic de l’Ère Open. Ces photos extraites de la Boston Public Library et du Rego Forest Preservation Council montrent un Tilden réservé, souriant et fumeur qui impose toute sa prestance et son style dès qu’il entre sur le terrain. Pas étonnant que, auprès de Babe Ruth (baseball), Howie Morenz (hockey), Red Grange (football), Bobby Jones (golf) et Jack Dempsey (boxe), il est considéré comme le plus grand sportif du « Golden Age of Sport. »

William Tatem Tilden II est né le 10 février 1893. Diplômé de Peirce College à Philadelphie, il commence en parallèle sa carrière amateur en 1912. Ici, il est pris autour des terrains de Longwood, Massachussets, où il jouera et entraînera pendant une très grande partie de sa carrière (1931).

Tilden est une véritble star. C’est l’une des premières fois dans l’Histoire du sport que l’on fait la queue et paie pour venir voir un jouer un sportif. Au-delà d’avoir fait évoluer le tennis, Tilden l’a aussi rendu extrêmement populaire.

Tilden pose avec ses raquettes en 1934 à Longwood. Il avait beau être grand et maigre, croyez-moi, avec une raquette en bois et un tamis si petit, il en faut dans le bras pour envoyer une praline: chose qu’il faisait régulièrement au point de s’être fait amputer d’une phalange infectée.

On dit de Bill qu’il était très efféminé et qu’il le devint de plus en plus avec le temps. Ici en 1934, dans son costume chalkstripe, il n’a rien d’une allure de gonzesse.

Sacrée troupe en 1930 sur un court de Longwood. Avec son 1,88m, Tilden ne passe pas inaperçu. Tenue de tennis couleurs crème et blanc sont de rigueur sur les cours, tandis que les spectateurs (d’où le nom donné au « spectator style » et « spectator shoes » dont le garçon à droite porte un très bel exemple) affichent boaters et trois-pièces légers.

Tilden et le tchèque Karel Kozeluh prêts à s’affronter sur le gazon de Longwood (1931). Pour information, Kozeluh était aussi un joueur de hockey et de football de très haut niveau.

Habile, puissant et stratégique le tennis de Tilden a eu une influence sur tous les joueurs qui suivirent, de Budge à Von Cramm. Le tennis se jouait jusqu’alors comme on joue à la belotte: un loisir comme un autre. Après Tilden, cela devient un véritable sport physique.

Partenaires de double en Coupe Davis, Bill Tilden et Francis Hunter sont avant tout de très bons amis (1930).

Les deux stars de l’équipe américaine de Coupe Davis, tournoi de tennis le plus prestigieux de l’époque, Tilden et Hunter signent des autographes. De 1920 à 1926, les États-Unis les remportent toutes jusqu’à ce que nos 4 Mousquetaires prennent le relais de 1927 à 1932.

Tilden et Hunter à Chestnut Hill, 1928.

Bill et Francis en compagnie de la charmante (mais moche) joueuse anglaise Betty Nuthall, de passage à Longwood, l’année où elle emporte l’US Open (1930).

Bill et la joueuse norvégienne, naturalisée américaine, Molla Mallory. Chestnut Hill, 1929.

Bill Tilden, la toute jeune Sarah Palfrey et son petit frère John en 1931. Sarah emportera l’US Open en 1941 et 1945 en simple, ainsi que Wimbledon et Roland Garros en double.

Longwood, 1931 (de g. à dr.): Tilden, son protégé Vincent « Vinnie » RIchards, Kolezuh et Hunter. En voilà un bel exemple de tenues de sport!

1937. Tilden (au fond) en plein match au Forest Hills Stadium, magnifique amphithéâtre qui accueillera l’US Open de 1915 à 1977. Le n°1 mondial des années 20 gagnera ici de 1920 à 1925, ainsi qu’en 1929, 1931 et 1935. Record inégalé jusqu’à présent.

Regarder jouer « Big Bill » est mieux que d’aller chez Disney (ben ouais, ça n’existe pas encore à l’époque). Les vraies idôles des jeunes des années 20 et 30 sont les sportifs, dont Tilden est le plus éminent représentant (au passage, notez la veste cintrée à plis du garçon à droite).

Le plus grand joueur de tous les temps, Bill Tilden, embrasse la plus grande joueuse de tous les temps, Helen Wills. En 1937, les deux sont en fin de carrière et le palmarès d’Helen Wills vient admirablement compléter celui de Tilden: 3 Roland-Garros consécutifs (1928-1930), 8 victoires à Wimbledon, 7 à l’US Open. En tout, 31 titres du Grand Chelem (!) et 2 médailles d’or aux JO de Paris de 1924. Son surnom de « Little Miss Poker Face » a traversé les âges.

En 1937, à l’US Open Pro, Tilden ne gagnera pas. Passé professionnel en 1931 pour des raisons d’argent, les tournois du Pro Chelem (US Pro, French Pro et Wembley) ne lui sont pas aussi souriants que ne l’ont étés les Grand Chelems (amateurs jusqu’en 1968).

Big Bill le Champion à la fin de sa carrière amateur (1930). Faisons le topo: de 1912 à 1930, Tilden a participé à 192 tournois dont 138 gagnés. Cela nous donne un rapport victoires-défaites phénoménal de 907-62! Qui peut se vanter dans l’ére Open du tennis d’avoir un pourcentage de victoires supérieur à 93%? C’est tout simplement monstrueux.

A partir de 1931, il passe donc professionnel. Il remportera pour la première fois Roland-Garros en Pro Slam en 1933 et 1934 ainsi que l’US Pro (1931 et 1935). Il participera à l’US Pro jusqu’à ses 51 ans, où il est sorti au premier tour.

Ouais, ça a dû vous choquer de voir un sportif de ce niveau sans arrêt avec une clope. Le rythme de vie de Bill Tilden est plutôt particulier. Hormis son attitude efféminée que ses contemporains veulent bien lui coller à la peau, il ne boit pas mais fume comme un pompier. On dit aussi qu’il prenait trois repas énormes par jour composés de steak ou côtelettes et pommes de terre. Il vivra ainsi jusqu’à 48 ans chez sa tante, mais gardezt à l’esprit qu’il voyage beaucoup pour ses tournois. Après cela, et avec suffisamment d’argent en poche, il se prend une chambre permanente à l’Algonquin d’où il écrivait et produisait des pièces pour Broadway, dans lesquelles il jouait parfois. L’homosexualité étant illégale à l’époque, il a été accusé d’affaires de détournement de mineurs, sans fondements réels. Sa recherche permanente de créer une relation père-fils avec ses élèves y est sans doute pour quelque chose.

La « fin du tournoi » est difficile pour Big Bill. Suite à ces affaires, vers la fin des années 40, son ami de toujours Charlie Chaplin lui prête ses courts de tennis privés pour pouvoir entraîner des élèves et se faire un peu d’argent. Il sera invité régulièrement à faire des matchs d’exhibition, menant une vie tranquille, loin de sa famille. Le 5 juin 1953, alors qu’il se prépare à quitter Los Angeles pour un ultime tournoi US Pro à Cleveland, il est foudroyé par une attaque cérébrale. Il est enterré au cimetière de l’Ivy Hill de Philadelphie et entre au Hall Of Fame du tennis international en 1959.


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