Fighters of the Great Depression.

par greensleevestoaground

En 1929, bam! C’est la merde pour tout le monde. Après les Roaring Twenties, rêve que l’on se serait bien imaginé sans fin, la classe moyenne américaine, surchargée de crédits et d’actions invendables se retrouve sans le sou. La Bourse lui fait faux-bond, Edgar Hoover aussi. La panique est à peu près autant en cause que les banques dans cette débacle qui amènera tout de même une seconde guerre mondiale. Hoover, tentant de limiter les dégâts et piqué par une idée géniale, supprime les fonds versés par les US à l’Allemagne depuis la fin de la Grande Guerre. Alors qu’Hitler et ses petits potes du NSDAP faisaient le score d’un Besancenot en grande forme en 1928 (2,6%) , ils passent à 18 puis 37% après les mesures de Hoover. Comme si le traîté de Versailles n’avait déjà pas assez humilié l’Allemagne. La situation de l’Amérique n’est guère plus gaie: riches et pauvres tentent de survivre. Traders, plombiers, bouchers, barmans, comptables se retrouvent tous les matins à faire la queue sur les docks ou devant les usines dans l’espoir d’être tiré au sort pour travailler la journée et pour ramener à peine quelques dollars dans leur taudis de Hooverville, noms donnés aux bidonvilles en « hommage » au président Hoover. Un peu comme nous tous aujourd’hui, pour qui la merde financière est plutôt relative face à la merde culturelle, les américains des années 1930 cherchent leurs héros, ceux qui leurs redonneront l’espoir de se battre pour se sortir des hivers sans chauffage.

L’un des premiers grands champions de la Grande Dépression. Arrivé à New-York de son Italie natale en 1930, le géant Primo Carnera deviendra champion du monde poids lourds le 29 juin 1933 face à Jack Sharkey. Son 1,97m et ses 129 kilos ont auparavant eu raisons d’Ernie Schaaf le 10 février. Schaaf meurt le 12, des suites des blessures du combat…

En 2011, ce sont DSK, Anne Roumanoff et Lady Gaga nos idôles. D’un côté, on doit bien aussi s’y trouver un peu dans la merde pour tomber si bas. Mais à l’époque, les héros du peuple sont des boxeurs. Des paysans de l’Ohio, des facteurs du Vermont, des dockers de Chicago qui se sont servis de leurs petits poings pour tenter de toucher un instant à la gloire. Certains, comme James J. Braddock s’en sont servis pour payer le chauffage et faire sortir leur famille de trois enfants de la misère. D’autres, comme Max Baer, se servaient d’une droite mortelle (celle-ci a tué deux boxeurs…) pour abandonner leur vie de coupeur de carcasses de viande à Livermore et profiter des excès des nuits new-yorkaises. Ces deux boxeurs s’affronteront d’ailleurs en 1935 dans un combat mémorable devant un Madison Square Garden rempli de casquettes newspaper boy, de tweed, de chambray, de suie, de sueur, et de bonheur.

Carnera en magnifiques spectator shoes. Il restera champion du monde jusqu’en 1934 en battant Paulino Uczudun puis Tommy Loughran aux points.

Tous ces hommes que vous voyez sur les photos sont parmi les plus grands boxeurs de tous les temps, et pour cause, la boxe était l’un des seuls moyens de s’en sortir lorsqu’on n’avait pas été à l’école, et cette époque difficile a forgé de redoutables crochets et uppercuts. Je les ai volontairement sortis du ring, pour vous montrer à quel « poing » (ça vous manquait hein?) la vie de boxeur pouvait susciter l’envie dans la pauvreté ambiante de la Dépression: grands restaurants, costumes sur-mesure, femmes, alcool à volonté. Replacés dans leur contexte, ces visages marqués par les coups mais aussi par le sourire de types qui s’en sont sortis sont le reflet d’une société meurtrie par l’ego des puissants, sauvée par les bras et le courage des plus faibles. Du coup, je serai bien content de me faire un McDo ce soir, et de regarder un film avec Mélanie Laurent pour être sûr d’avoir la tête vide en m’endormant dans un lit bien chaud!

Le 14 juin 1934, Carnera, ici toujours très chic, tombe sur la furie du ring, Max Baer, qui l’envoie 11 fois au sol en 11 rounds. Bien qu’il gagne ses 4 matchs suivants, Joe Louis le met KO en six rounds le 25 juin 1935.

Max Baer dit de lui-même « J’ai un corps qui vaut un million de dollars, et un cerveau qui vaut 10 cents ». Né en 1909, sorti de nulle part, amoureux des nuits new-yorkaises, il se hisse au plus haut rang en devenant champion du monde en 1934.

Baer et son pote Edward Gertz en 1935. Max avait l’habitude de ne pas s’entraîner depuis la mort Frankie Campbell au 5e round en 1930. Sa droite était tellement puissante qu’il détacha le cerveau de la boîte cranienne de Campbell, causant son décès. Sous le choc émotionnel pendant toute sa carrière, Max Baer subviendra aux besoins de la famille de sa victime pendant de nombreuses années.

King Levinsky, à gauche, est un autre grand boxeur du début des années 1930. Il est un des premiers à être tombé sous les coups de Max Baer. Ici, Levinsky en train de faire le con (et du shopping) avec Ben Schwab sur Maxwell Street en 1931.

Bon vivant, Max Baer ne rate jamais une occasion pour s’amuser et prendre du bon temps. Avec ses 72 victoires dont 53 par KO, il semble invincible.

Mais c’était sans compter sur cet irlandais: James « Jimmy » Braddock. Cette bonne bouille du New Jersey a tout perdu en 1929. Il vit dans un taudis sans électricité, une femme et trois enfants. La main droite cassée, il travaille sur les docks avant de pouvoir remonter sur le ring face à Griffin en 1934 avec une gauche surpuissante. C’est la naissance de « Cinderella Man » dans le coeur des Américains.

Jim Braddock (à droite) et son entraîneur, Joe Gould, à qui il doit tout. C’est grâce à lui qu’il remonte sur le ring jusqu’à devenir champion du monde poids lourds le 13 juin 1935 en infligeant un 10-1 à Baer.

Braddock (à droite) le 21 janvier 1938 juste avant son match contre le jeune anglais Tommy Farr (à gauche donc).

Farr et Braddock, le même jour. Braddock l’emportera face à Farr en 10 rounds. Ce sera l’une de ses dernières victoires avant que son arthrite ne le pousse à stopper sa carrière.

Voici certainement le premier héros Noir-Américain que l’Amérique ait connu. Joe Louis arrive tout jeune à Détroit après que sa famille ait fui Lafayette, Alabama sous les attaques du Ku Klux Klan. C’est peut-être cela qui lui a donné sa force face au boxeur allemand Schmeling. Soutenu par l’Allemagne nazie, symbole de l’aryanisme hitlérien, Schmeling prend la raclée de sa vie par une série d’attaques très rapides de Louis en 1938. La fierté nazie se retrouve 3 fois à terre en ayant pu placer seulement deux coups. Joe Louis, déjà champion du monde face à Braddock l’année précédente devient un héros et un symbole de l’Amérique. C’est l’un des derniers grands champions d’avant-guerre.

Diabétique et après s’être fait retiré un rein en 1938, le géant Primo Carnera deviendra un catcheur à succés de 1946 à 1961. Fragilisé par sa santé, il décède le 29 juin 1967.

Après avoir disputé son dernier match en 1941, Max Baer (ici avec son fils) deviendra acteur, dj sur une radio de Sacramento et catcheur. Il meurt à 50 ans des suites d’une attaque, alors qu’il s’apprêtait à tourner des pubs à Hollywood.

Les héros de la boxe pendant la Grande Dépression quasiment au complet. Baer, Braddock et Louis encadrent Tommy Farr. Étonnemment, Farr ne sera jamais champion du monde, bien que considéré comme l’un des plus grands boxeurs anglais de tous les temps. Il perd toute sa fortune en 1940 et passe beaucoup de temps dans la misère avant d’ouvrir un pub jusqu’à sa mort. Braddock se retire discrètement dans le New Jersey où il trépassera en 1974. Joe Louis, après avoir voyagé au nom de l’armée pour développer l’esprit de corps des troupes américaines, deviendra catcheur suite à des problèmes financiers dans les 1950’s. Il sera aussi connu pour être un grand amateur de golf et pour avoir soutenu financièrement de nombreux golfeurs noirs-américains. Il meurt en 1981 et reste l’un des plus marquants boxeurs de l’histoire.

Vous ne savez pas quoi faire ce soir? Votre ennui n’a d’égal que le dernier album de Justice? Transgressez les lois et mettez du piment dans votre vie: regardez un film en streaming. Cinderella Man de Ron Howard en l’occurence. Autour de l’histoire de Jim Braddock, vous retrouverez tous ces boxeurs dans une belle reconstitution historique des années 1930.

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