Leyendecker pour Kuppenheimer.
par greensleevestoaground
Vous vous attendez certainement à un voyage en Allemagne en voyant ces deux noms, mais que dalle, il faudra vous payez un billet de train pour aller bouffer une currywurst. Joseph Christian Leyendecker en a certainement ingurgitées quelques-unes currywurst puisqu’il est né à Montabaur en Allemagne. Pourtant c’est au pays du burger que Leyendecker va faire sa carrière, suite au choix de ses parents de déménager à Chicago alors qu’il n’a que 8 ans, en 1872. Après avoir étudié avec son frère Frank au Chicago Art Institute, les deux ne se lâchent pas et entrent à l’Académie Julian à Paris: l’occasion de découvrir les quartiers bohèmes de Montmartre et d’être exposés aux côtés des maîtres de l’art nouveau.
Mais l’Amérique est l’unique terre fertile pour les jeunes talents qui ne veulent pas seulement flâner aux alentours du Café de Flore sans gagner le moindre sou. A l’aube du XXe siècle, Frank et Joe commencent à bosser avec le Saturday Evening Post, Interwoven Socks, Arrow, Hartmarx ou encore Kuppenheimer dont il est question aujourd’hui, et qui sont toutes des marques auquel le nom Leyendecker sera associé jusque dans les années 1930. On octroie souvent, à tort, les lauriers à Joe aujourd’hui, pourtant c’est bien avec son frère Frank (mort en 1924) qu’ils définiront l’image de l’homme moderne, stylé, athlétique et confiant en société à travers les trésors d’illustrations que sont les publicités pour les cols Arrow. Charles Beach, petit ami de Joe (ceux qui en déduiront qu’il est homosexuel peuvent se vanter auprès de leurs collègues d’être d’une perspicacité hors-pair), sera le principal visage modèle de ce parfait "common man", comme Roosevelt l’avait appelé en voyant les illustrations de l’artiste. Dans ce premier post sur le travail de Leyendecker, nous allons nous concentrer sur une série d’illustrations du milieu à la fin des années 1910 pour la maison new-yorkaise Kuppenheimer, et mise en ligne par la NYPL. L’occasion de découvrir le travail incroyablement précis et singulier des Leyendecker qui mettent en avant l’homme, son style et sa prestance sociale: en clair, la représentation d’un idéal masculin. Ce n’est pas une surprise si Norman Rockwell a tout appris en voyant ces illustrations des catalogues de Kuppenheimer qu’il lisait aux chiottes étant petit.

Les tenues de soirée et de bal, en 1912. Le visage de droite est celui de Charles Beach, que vous pourrez reconnaître sur nombre d'illustrations de Leyendecker.

Le footballeur US, ici au centre, est un symbole de l'imagerie des Leyendecker. Chic et sportswear, la maison Kuppenheimer offrait une somptueuse collection en cette mi-saison 1912.

B. Kuppenheimer & Co. est née en 1876 à Chicago, du nom de Bernard Kuppenheimer, le fondateur émigré allemand de la firme. C'est un fabricant et distributeur de vêtements homme qui eut sa place auprès des grands Hart Schaffner Marx et Brooks Brothers au début du 20e siècle.

Le haut-de-forme était l'accessoire indispensable au smoking. Ici, le modèle de 1915. "Correct et distingué, exprimant à la fois belle forme et bon goût."

Certainement pour des raisons de plus gros budgets et une confiance grandissante en les frères Leyendecker, la maison Kuppenheimer s'offre la couleur dans ses catalogues en 1918.

Bien qu'homosexuel, Leyendecker intègre régulièrement de jolies femmes bien habillées dans ses illustrations.

Les couleurs sur cette collection automne de 1918 sont absolument parfaites: costumes vert anglais et bleu marine, manteau beige et la rose qui vient égayer le tableau.

Kuppenheimer a été l'habilleur de l'armée américaine pendant toute sa participation au conflit mondial de 1914-1918. Un plaisir pour Leyendecker qui, avec son souci de la perfection, représente le moindre petit détail des vêtements militaires.

Pour les modèles particuliers ou emblématiques de Kuppenmheimer, Leyendecker réalisait ce genre de portrait aussi réaliste qu'une photo.

Ce costume Beltsac avec une veste type Norfolk a certainement fait fureur chez les jeunes des universités prestigieuses de la côte-est. Un bel exemple de sportswear Made in the US.

Un trois-pièces d'été pour assister aux régates ou à un match de baseball. Le style "Spectator" développé par les marques de l'époque, et dont Kuppenheimer est très représentative, a donné naissance au sportswear dans ces mêmes années: chic, mais pour un gentleman plus décontracté, fait à partir de matière plus légères, ce costume Wayne supporte parfaitement la présence d'un canotier qui vient alléger le côté formel du trois-pièces. La firme Kuppenheimer fera banqueroute en 1997, mais on s'en souviendra comme l'un des plus beaux terrains d'expression de l'art de Leyendecker.










Cher F.
Merci pour ces archives splendides. et dire que maintenant les gosses rêvent devant une paire de Nike à bulle sur les catalogues La Redoute… affligeant!
Merci car vous êtes pour moi une bulle d’élégance teinté de sportwear qui me rappelle que la campagne me manque chaque jour.
pour tout cela et le tumblr, merci
Sincèrement votre.
Charles
Je ne suis pas particulièrement fan du style du début du siècle des années 1900, 10 et 20 (un peu plus pour les années 20). Je trouve que les hommes n’ont pas l’air très virile, cela donne un air très rigide. De plus je n’affectionne pas du tout le chapeau melon. Je suis en revanche un amoureux de l’élégance des années 30, comme on peut le voir dans les imageries d’Appareal Art.
Le fait que Leyendecker ait été à la fois homosexuel et fer de lance de l’illustration de mode américaine de 1900 à 1930 a certainement joué dans la mise en scène d’hommes bien habillés représentés en groupe.
Cependant, si vous regardez bien les illustrations, les hommes sont grands, athlétiques bien que rasés de près (je pense qu’aujourd’hui, la seule virilité de l’homme metro ou übersexuel, réside dans sa pilosité, mais au final, l’homme d’aujourd’hui est bien plus efféminé).
Les modèles qui ont servis à Leyendecker sont souvent des acteurs parfaitement "virils" (Fredric March, Brian Donlevy, Reed Howes, Neil Hamilton, etc.). Le "côté rigide" comme vous dites est là pour l’affirmer, ainsi que les pubs Ralph Lauren (qui en sont souvent inspirées) ou Hackett. Propre sur soi et coupes ajustées ne veut pas dire que qu’il y aun manque de virilité, c’est tout simplement du raffinement. Et un homme se doit d’en avoir.
Le travail de Leyendecker est au final bien plus viril que l’imagerie actuelle de Prada, Lanvin, Thom Browne, etc.
Pourtant, je vous l’accorde, les pantalons à pinces larges et les épaules carrées des costumes des années 1930 donnent un air plus masculin, mais cela vous contredit dans le sens où la rigidité est beaucoup plus accentuée dans ce genre de coupe. Les années 10 et 20 sont l’époque de pantalons à taille semi-haute, qui arrivent à la cheville, des bottines de cuir, des épaules naturelles et vestes belted-back. Un long débat, mais merci pour votre réaction et votre point de vue, que je respecte.
Cordialement,
F.