« The Ivy Look: An Illustrated Pocket Guide » Interview.

par greensleevestoaground

Dans la catégorie « Indispensables de la bibliothèque du style », l’Ivy Look Pocket Guide se pose là! Des tonnes de vieilles pubs, de covers de jazz des années 1960, de photos rares des plus dignes représentants Ivy qui décrivent dans son essence la plus pure ce style qui fait tant parler de lui. Ajoutez à cela des textes bien sentis, qui sont plus des témoignages de deux auteurs anglais qui ont vraiment connu l’Âge d’Or de l’Ivy Look et continuent de le vivre au quotidien, et vous obtenez une approche complètement nouvelle dans le genre. JP Gall et Graham Marsh ont cordialement accepté une interview pour GSTAG. Un livre à placer sans hésiter entre Take Ivy, qui monopolise injustement l’actualité, et le Preppy Handbook.

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Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs?

John Gall: JP Gall, Mod, flâneur, vendeur et auteur.

Graham Marsh: Graham Marsh est directeur artistique, illustrateur et auteur. Il ne porte jamais  de veste croisée, ni de chaussures noires.

Comment en êtes-vous venus au look Ivy?

G.M.: Comme je le dis dans le livre, j’étais addict aux vêtements Ivy. Ca a commencé lorsque je les ai vu portés par les férus de modern jazz habitant à Londres, dans le Department of Marvel Comics où je travaillais au début des années 60. C’était un monde d’initiés où l’on voyait des costumes Ivy avec cols étroits, de fines cravates en laine et des coupes de cheveux courtes. La bande-son de cet univers détaché et cool:  Miles Davis, Gerry Mulligan et Jimmy Smith. Je voulais y pénétrer et m’imprégner de tout ce que ce monde avait à offrir.

JP.G.: J’ai toujours fait un effort pour être différent de mes pairs. J’étais ado dans les années 1980 et je me sentais totalement déconnecté de la tendance musique et mode de l’époque. Je remercie deux personnes. Tout d’abord, Paul Weller qui a fait de moi un Mod, parce que c’est de là, par un processus de curiosité, que j’ai connu l’Ivy League. Et je remercie aussi John Simons, le mentor de nombreux gamins passionnés par la culture jazz et Ivy League des origines. Entrer dans son shop à Covent Garden m’a non seulement fait découvrir les Bass Weejuns et les chemises Oxford, mais aussi Dakota Staton, László Moholy-Nagy et le mobilier en contreplaqué. C’est d’ailleurs dans le shop de J. Simons que j’ai rencontré des mecs cool comme Graham.

On connaît déjà de nombreux écrits papiers et virtuels sur ce style. Quelle idée vous a poussé à écrire un nouvel ouvrage sur l’Ivy Look?

G.M.: L’idée du livre était de produire un guide de poche concis et illustré qui mettait en avant tous les éléments essentiels de l’Ivy Look, que l’on a toujours arboré avec John. Même si ce style était dominé par les dress codes masculins américains de 1955 à 1965, il s’est perpétué à travers les âges pour devenir l’essence du goût et du style. Ce livre est destiné à tous les néo-mods, designers, stylistes et photographes qui auraient aimés être là à l’époque, et un souvenir visuel pour tous ceux qui étaient là.

JP.G.: C’est un style qui a une grande ampleur et Graham n’arrivait pas à croire qu’il n’y ait pas encore de livre sur le sujet en anglais. Il y avait le Preppy Handbook, évidemment, mais qui était plutôt humoristique et très centré sur les Américains. Il n’y a que les Japonais qui ont écrit sur l’Ivy Look avec une passion et un engagement incroyables. C’est un gros coup de chance de voir la réédition de Take Ivy paraître en même temps que notre livre. En fait, on voulait retranscrire visuellement l’atmosphère des vêtements, des pubs et des covers de disques de l’époque dans un livre abordable, pratique et stylé. Nous ne sommes pas académiques, nous sommes des dingues de fringues avec Graham. Et il se trouve qu’il est un excellent book designer, bourré de matériel d’archives qu’on a exploité avec grand plaisir.

Votre approche du style Ivy est nouvelle, puisque vous le considérez non pas seulement comme un phénomène de mode vestimentaire mais comme un style de vie à part entière, entre design, mode et musique. Un peu comme les Mods anglais le faisait. Etait-ce aussi vrai aux Etats-Unis?

JP.G.: Graham répondra mieux que moi. Tout ce que je peux dire, c’est que la plupart des gars à bloc sur l’Ivy que je connais  sont de sérieux connaisseurs de jazz. Le modern jazz des 1950s était typiquement Ivy League. Lorsque Miles Davis, Gerry Mulligan et les autres ont viré vers les lignes simples du style Ivy, ils représentaient la dynamique de la musique qu’ils jouaient. Les images et les sons parlent d’eux-même. C’est par le jazz et le cinéma que d’autres pays sont tombés amoureux de l’Ivy League américaine. Ca représentait quelque chose de différent: plus séduisant, plus branché, plus ouvert et populaire. La France et l’Italie faisaient partie  du mélange et évidemment. Lorsque l’on voit Belmondo dans „A Bout de Souffle“, on comprend que beaucoup de personnes dans ces pays ont adopté l’Ivy Look. Il ne se serait jamais habillé comme ca quelques années auparavant. C’est ce courant d’influences que l’on a essayé d’illustrer dans le livre.

G.M.: La côte-est américaine est sans conteste le berceau de l’Ivy Look. On faisait attention à soi, on cherchait une allure pointue. La culture sentait la modernité. Pour les non-Américains comme John et moi, cette culture est d’abord apparue à travers les vêtements Ivy League. Pas spécialement par le costume gris de flanelle, mais plutôt par ces “Saints Hipsters” que l’on voyait sur les covers de modern jazz, plus quelques acteurs clés de cinema et de télévision. Ils portaient tous des costumes bleu marine en hopsack, beiges en popeline, des seersuckers et des vestes marrons ou grises en tweed léger et herringbone. En Angleterre, les Mods qui envahissaient Londres au début des années 60 ont également absorbé ces influences  Amércaines et Européennes: les coupes de cheveux venues de France, les scooters d’Italie, les vêtements des US, tous portés avec cette attitude laconique typiquement londonienne. L’importance de l’import marchand concernait tout aussi bien les vêtements que la musique. En même temps que le jazz s’écoulait par les labels Stax, Atlantic et Motown, le look des Mods perspicaces devenait strictement Ivy League.

Le jazz représente une grosse partie du livre. Quel est son véritable lien avec l’Ivy Look?

JP.G.: Miles Davis est considéré comme l’un des premiers à avoir adopté cette silhouette plus mince de l’Ivy. Musicalement, il était le meilleur et j’imagine qu’il était le mieux placé pour redéfinir tous les codes visuels du jazz – moderne, élégant, cultivé. C’était tout de même un fils de dentiste, un parfait petit gars de la middle-class.

G.M.: C’est sûr, il y a un lien evident entre le jazz et l’Ivy Look. Mis à part le fait que les covers de jazz étaient un condensé de tout ce qui se passait dans  le design graphique d’après-guerre, elles repésentaient également un guide photographique sans égal pour tous les vêtements Ivy League que portaient les musiciens. La musique reflète ainsi parfaitement les sensibilités de tout Modernist qui se respecte.

Comment expliquez-vous ce retour fracassant du style Ivy des années 1960?

G.M.: Comme tous les mouvements d’influence culturelle et vestimentaire, l’Ivy Look refait surface de temps en temps et prouve qu’il est toujours présent. Et c’est pourquoi, d’après mon opinion, il est, après le jazz et les films américains, la troisième grande forme d’art moderne majeure venue des US.

JP.G.: Je pense qu’il y a beaucoup de choses à prendre en compte. Premièrement, il y a une certaine résistance à tous les pires excès de la globalisation et notamment aux comportements des grandes marques de mode qui abandonnent petit à petit la qualité et la tradition, pour augmenter leurs marges. S’intéresser au vintage ou au vêtement bien fait est une forme de résistance à tout cela. Ajoutons aussi l’importance grandissante de l’héritage. Le 20e siècle est le siècle précédent désormais. Regardez en arrière: tous ces incroyables changements culturels dans les vingt années qui ont suivi la Deuxième Guerre. Les produits de l’époque semblent plus frais encore aujourd’hui. Et puis il y a la révolution internet, qui a permis à des groupes de se former, de partager et d’échanger sur des passions communes. Ironiquement, je trouve que c’est un aspect très positif de la globalisation. Qui ne suivait pas l’expansion japonaise de l’Ivy League avant l’arrivée du web? Il y a toujours eu un nombre important de gens intéressés par ce style, y compris chez les meilleurs stylistes, designers et revendeurs. Je sais que beaucoup de gars qui ont vécu leur vie d’adulte s’accordent sur ce point. Et bizarrement, cette passion s’intensifie avec l’âge. Comme le vieux cliché le dit: le style Ivy passe aussi bien à 70 ans qu’à 20. Il y a quelque chose de magique là-dedans.

Merci à Graham et John.

Pictures taken in « The Ivy Look » by Graham Marsh and JP Gaul (Frances Lincoln, £12.99)

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