greensleeves to a ground

Mois : août, 2010

Paul Newman: short ou caleçon?

Que peut bien évoquer ce titre digne des plus grandes couvertures de Public ou Voici? Ici pourtant, on évite de faire dans le people. Et on va continuer sans trop de peine, car peut-on vraiment parler de people lorsqu’il s’agit de Newman? Non, là, on entre plutôt dans le domaine de la théologie. Et même si le Paul en question se trimbale en caleçon. C’est en cherchant une autre photo de lui,  un peu plus à son avantage, que je suis tombé sur les images suivantes. La première est tellement peu commune et inattendue qu’elle méritait un post à elle toute seule. Mais dans un sursaut d’inventivité, je me suis dit que j’allais carrément consacrer un post à « l’art de porter le short aussi court que le caleçon par Paul Newman. », en guise d’inspiration. Et on a beau dire ce que l’on veut, penser ce que l’on pense et voir ce que l’on voit, Newman restera toujours Newman, avec un fabuleux penchant pour le casual Ivy Look, tellement représentatif de la fin des années 1950. Ténébreux dans nombre de ses films et clichés, il apparaît dans les photos suivantes comme un grand gamin qui, à l’époque, découvre seulement le cinéma et la célébrité. Et si du fond de sa cuisine ou d’une scène de Rally ‘Round The Flag Boys!, il posait la vraie question que l’on s’est à peu près tous posée un jour ou l’autre: quelle est la bonne longueur pour un short?

Le charme de cette photo, prise à Westport (probablement vers 1958), réside dans le naturel de la tenue de Newman et de sa toute nouvelle épouse Joanne Woodward. Qui aurait l'idée de faire sa vaisselle en mocassins, chaussettes blanches, short et blouson? A l'époque, Newman est encore quasiment inconnu.

C'est bien en caleçon que Paul Newman se fait surprendre dans l'une des scènes les plus drôles du film Rally 'Round The Flag Boys! (1958) avec sa femme Joanne Woodward, ainsi que Joan Curtis. Ici, en backstage avec Joanne. Armé de chaussettes en laine, de loafers et d'une oxford shirt, on a presque la tenue idéale à avoir dans sa chambre d'hôtel.

Cette fois, c'est un short. A moins que... Le bermuda n'a pas l'air d'être le fort de Newman, ni celui des années 1950 d'ailleurs. Plus classique pour un tennis, tout en blanc, même pour faire le pitre.

Charles Eames & Robert Motherwell: une touche Ivy chez les artistes.

Bien souvent, les artistes ne suivent pas de mode. On les reconnaît entre mille, sans forcément tomber dans le cliché du peintre moyen de la rive gauche parisienne.  Dans les années 1950, parmi le nombre de peintres, designers, sculpteurs, architectes qui se sont attaqués à la reconstruction de la vision d’un monde de l’après guerre, parmi les Pollock, Kline ou Rothko, deux semblent avoir représenté à merveille le style Ivy qui n’est pas une mode en soi, mais bien une tradition. Un point de rencontre entre la logique de s’habiller bien, et celle d’avoir des vêtements qui durent. L’un, dans une essence pure et fidèle aux classiques du genre, Charles Eames, et l’autre, dans une simplicité inattendue entre Ivy et arty, Robert Motherwell.

Charles Eames chez lui, aux environs de 1950.

On connaît surtout de Charles Eames la mythique Lounge Chair, ou l’ottoman qui va avec, ses multiples chaises en fibres de verre et assises en tous genres, réalisées parfois avec sa femme Ray ou encore le designer Eero Saarinen. Architecte et designer, il a défini le style moderne dans une période d’après-guerre qui en avait bien besoin. Alliant le fonctionnel aux matières de qualité et durables, le style Ivy semble une évidence pour lui. Dans la photo ci-dessus, il arbore absolument tous les classiques les plus représentatifs de l’Ivy. Alors que d’autres se contenteraient d’un seul de ces accessoires, lui allie la pullover shirt ou pop-over shirt (rééditée pour les 60 ans de Gant) avec un noeud papillon, un flat front pant et des loafers. Rien à dire, l’alliance est parfaite. Regardez même le détail de la boucle de la ceinture décalée sur le côté, qui a peut-être inspiré l’idée de Giuseppe de An Affordable Wardrobe pour cet ensemble.

Motherwell dans son studio new-yorkais de 14th Street en 1952. Photographié par Kay Bell Reynal. © Archives of American Art

Pour Robert Motherwell, c’est l’artiste philosophe, ancien étudiant de Harvard, qui parle à travers cette photo. L’un des plus grands artistes de l’expressionisme abstrait et du surréalisme des annés 1950 se promène dans son atelier en loafers, jean carrément retroussé (c’est dire s’il aime ses penny loafers!) et knit polo, peut-être l’un de ceux de Puritan Sportswear, spécialiste de ce genre de polo pour le golf, à l’époque. Le tout, tâché de peinture… Il faut s’imaginer que sur un simple 501, il y a la peinture de dizaines de tableaux du maître. De là à donner un prix exorbitant à ce jean, il n’y a qu’un pas.

Chino : The Perfect Cut ?

A force de passer en revue quotidiennement les blogs, les banques d’images, les anciens magazines, les archives, et j’en passe, on en arrive à certaines conclusions, ou suppositions, sur le style d’une époque grâce aux différents témoignages rencontrés. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé pour le chino. En possédant quelques-uns dans mon armoire, je me suis toujours demandé si la longueur ou la largeur étaient les bonnes, si je le portais assez haut sur la taille, ou pas assez. Après la mise à l’épreuve de plusieurs marques, maints ourlets, de multiples demi-tours sur moi-même et une grosse monopolisation du temps précieux de mon miroir, j’ai décidé de redevenir plus masculin. Et Dieu merci, je suis tombé sur cette publicité Camel de 1963 alors que je feuilletais un énième livre sur l’Ivy Look.

Cette coupe de pantalon très populaire de la fin des années 1950 à la fin des 1960’s, communément appelée « feu au plancher » ou « highwater » outre-atlantique, pourrait être ridicule sur n’importe lequel d’entre nous. Mais regardez comme l’ensemble du pantalon vient se poser sur les plis des chaussettes en laine blanche, elles-même enrobées de sneakers en canvas. Ne manque plus qu’un simple polo, une chemise Oxford bleu ciel, ou une chemise chambray pour donner au chino une allure sportswear, décontractée, tout en restant présentable aux beaux-parents. C’est alors que j’ai fait le lien avec d’autres photos de cette même période, et le verdict est sans appel: le khaki drill (l’autre nom du pantalon chino) se porte ajusté à la cheville avec des loafers et même « highwater » avec des sneakers, des tennis ou des desert boots. Pour mettre en valeur mon argumentation de manière certaine, rien de mieux que trois exemples représentatifs: John F. Kennedy, son frère Robert et Steve McQueen. A chacun, ensuite, de se faire sa propre opinion.

Pour jouer au football US, Bob Kennedy, porte le chino ample, bas sur la taille, avec une longueur absolument parfaite à la cheville. C'est le chino classique tels que le portaient les soldats américains pendant la Seconde Guerre. Le blouson G-1 et les sneakers mettent tout le monde d'accord.

Pour John Fitzgerald, le chino est ample et court sur un voilier...

... ou "highwater" et étroit avec des penny loafers.

Et même chez le fiston, JFK Jr., le chino est porté en version habillée, ample, court, bas sur les hanches, avec des chaussettes blanches et tassel loafers.

Et enfin pour terminer, comme souvent sur ce blog, Steve McQueen. Shooté ici sur le lit d'un hôtel new-yorkais par William Claxton. Là aussi, je vous laisse admirer le fitting du pantalon. Qui est sûrement un jean Sta-Prest, d'ailleurs ...

Pour une histoire plus complète du chino, reportez-vous à cet article.

GSTAG Look #3: After School.

Ceux qui ont vu Un Homme d’Exception de Ron Howard, A Serious Man des frères Cohen, Le Talentueux Mr. Ripley d’Anthony Minghella ou tout simplement cette série de photos sont familiers de ce style que nous vous présentons Laurent et moi-même aujourd’hui. Les années 1950 sont une véritable renaissance du style américain. Les étudiants, parfois de retour de la Guerre embarquent leurs chinos de l’armée pour en faire le pantalon officiel des bancs d’universités. Le madras, tissu indien d’abord utilisé pour les chemises se décline en blazer, puis blouson un peu plus tard, comme dans l’excellent livre « The Outsiders » de S.E. Hinton, adapté par Coppola au cinéma. La classique chemise Oxford, ou button-down, se porte sur un t-shirt blanc, près du cou, de préférence bleu ciel dans les 1950’s (comme John Kerr dans Tea & Sympathy de Vincente Minnelli), fermée jusqu’à l’avant- dernier bouton. Le chino comporte un ourlet, assez marqué (le fameux « cropped pants« ). Contrairement à ce que l’on imagine ou ce que l’on voit bien naivement dans certains films (sauf ceux cités précédemment, d’où l’intérêt de les citer): les vestes sont rarement cintrées, les pantalons assez haut sur la taille et ne sont certainement pas « slims » (je hais ce mot). Nous nous sommes cependant permis deux anachronismes, par souci d’affirmation de notre liberté artistique, et qui peuvent s’avérer graves chez les puristes: les car shoes, et l’absence des fameuses chaussettes blanches en laine. Quoiqu’il en soit, l’idée n’est pas de montrer des photos parfaites (sinon, nous aurions choisi un autre modèle…), mais une interprétation personnelle du style américain de l’époque. Autre chose?

Oxford Light-Blue Shirt Uniqlo; Farrar & Dunn Vintage Madras Blazer.

Vintage Chino Pants; Double Buckle Leather Belt.

Vintage Car Shoes; Seiko 5 Military "Desert Sand" Watch.

Pour plus de photos, rendez-vous évidemment sur http://monsieurlaporte.blogspot.com/.

Photos : © Laurent Laporte.

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